Au Mali, certains maux n’ont pas de mots pour les femmes à l’image des infections sexuellement transmissibles (IST) dont elles sont le plus souvent porteuses de germes. Ainsi, après diagnostic, elles sont nombreuses à tenter le diable pour faire plier leurs conjoints ou leurs coépouses à accepter le traitement adéquat pouvant briser la chaîne de transmission, surtout dans un couple polygamique. Alors, comment faire briser la chaîne de contamination, a-t-on posé comme question au directeur adjoint du centre hospitalier universitaire Gabriel Touré (CHU GT), Dr Mamadou Salia Traoré.
Dans une aire de santé, elles sont nombreuses dames à patienter devant la salle de consultations d’un gynécologue quand soudain des bouches se lâchent sur la question des infections sexuellement transmissibles, notamment la multiplication des micro-organismes dans l’organisme humain dont la porte d’entrée constitue les organes génitaux. A ce sujet, outre la quête des accusations des conjoints, coépouses, l’heure est plutôt à la mise en commun des techniques, voies et moyens pour briser les chaînes des transmissions dans leurs familles. Alors, quels genres d’infections sexuellement transmissibles nécessitent le traitement des partenaires sexuels ?
Dans son bureau, au CHU Gabriel Touré, le directeur adjoint, gynécologue obstétricien, Dr Mamadou Salia Traoré détaille : « Les infections chez la femme appelées communément les pertes blanches ne nécessitent pas toutes une prise en charge du conjoint. Mais, par contre, il y a des cas où il faut associer le partenaire sexuel au traitement ». Et de citer par exemple, entre autres : les infections à répétition qui vont et reviennent, les infections à chlamydia qui, une fois la femme en est détectée positive, naturellement, il faut ajouter le conjoint dans le traitement. Idem pour l’infection à mycoplasme qui est une infection bactérienne. Car, ces infections peuvent généralement évoluer sans bruit. La période de manifestation des signes cliniques est longue et pendant ce temps, il peut y avoir de la contamination, a-t-il poursuivi. Et de dévoiler que le traitement ne veut pas dire obligatoirement que le conjoint soit sur le terrain (à l’hôpital ou autres structures de santé).
Le traitement sans déplacement du conjoint à l’hôpital
Le Dr Traoré dira à cet effet : « Dès fois, quand le diagnostic est fait, la prescription médicale doit être assortie d’un traitement du partenaire sexuel qu’on remet à la femme pour son conjoint avec appui conseils. Par exemple : suivre le traitement sans rapport sexuel et s’il doit avoir le rapport, il faut que le conjoint utilise des préservatifs pendant ces périodes ». Il a mis l’accent sur les infections virales où dans la plupart des cas, il faut aussi dépister pour voir s’il n’est pas atteint. A ce passage, il a profité pour toucher un aspect important. Celui du refus pour certains conjoints d’adhérer au traitement en cas de besoin.
Des maris réticents
Dans des confidences, Ayouba, chef de famille, avoue ne pas être sûr de s’associer à un quelconque traitement des infections sexuellement transmissibles même dans les cas où sa présence est nécessaire. La raison, explique-t-il, la honte de se rendre à l’hôpital pour de telles causes. Quant à Moussa, le traitement des infections sur le plan médical est coûteux, sinon pourquoi pas, se demande-t-il. Pour Sékou, les IST sont une affaire de femmes.
Tant de récits par-ci, par-là, a-t-on compris. Alors, que dit Dr Traoré ?
Dans le cadre du traitement des IST chez la femme nécessitant l’implication du conjoint, certains maris rendent difficile la prise en charge, en témoignent plusieurs dames interrogées sur ce sujet. Des réponses sont tout aussi dures que révoltantes. Pour certaines, il s’agit de la non observation des consignes de traitement (protection en cas de rapport), pas question d’acheter les médicaments, ni de suivre le traitement ensemble.
A ce point, Dr Traoré attire l’attention sur le rôle capital de la sensibilisation sur la notion d’infection qui est compliquée, surtout lorsque, dans un couple, les gens se rejettent la responsabilité. Et c’est ce qu’il faut éviter, vu que lorsque les infections ne sont pas bien traitées, elles peuvent être répétitives et évoluer vers des formes compliquées. Les germes peuvent devenir résistants aux médicaments ordinaires que l’on prescrit d’habitude. Alors, la meilleure manière, pour lui, est de passer par une éducation sexuelle, en ce sens que, pour entamer tout traitement, la femme et le mari doivent échanger, discuter pour voir ce qui est bon pour le couple qui est à la recherche des voies et moyens pour briser la chaîne de contamination (traitement adéquat).
Comment mettre en pratique de tels conseils s’agissant d’un couple polygamique ?
Le rôle essentiel du mari pour briser la chaîne de contamination
Dans les échanges, Dr Mamadou Salia Traoré a évoqué le rôle essentiel des conjoints dans le traitement des IST chez les femmes. Pour lui, dans un couple polygamique, vu que l’on partage le même partenaire sexuel, dans la logique de briser la chaîne de contamination, dans le cas où l’infection est détectée chez les partenaires sexuels, des ordonnances peuvent être remises. La femme est censée remettre aux autres (mari et coépouses). Et en cas de refus des coépouses, il faudrait passer par le mari. C’est dire encore combien l’implication des conjoints peut être utile avant tout traitement. Et pour cela, il faut des échanges francs et des volontés réelles pour briser la chaîne de contamination. Faute de quoi, selon Dr Traoré, il peut y avoir des conséquences néfastes des infections sexuellement transmissibles à répétition dans un couple, qui peuvent débuter par de simples infections pour évoluer vers des infertilités, grossesses ultra-utérus, entre autres.
Alimatou Djénépo
