Ces derniers temps, il ne se passe pratiquement pas un mois sans que l’opinion publique malienne ne soit bouleversée par l’annonce du meurtre d’une femme ou d’un homme par son partenaire. À ces drames s’ajoutent des cas de suicides, de violences physiques et psychologiques, laissant des familles brisées et des enfants profondément marqués. Si les circonstances diffèrent d’une affaire à l’autre, un constat revient souvent : de nombreuses personnes demeurent dans des unions devenues toxiques, par peur du regard de la société, de la stigmatisation ou des conséquences familiales d’un divorce.
Au Mali où le mariage est considéré comme une union sacrée et un pilier de la société, la séparation est encore perçue dans certains milieux comme un échec personnel ou familial. Cette pression sociale pousse parfois des couples à prolonger des relations où le dialogue a disparu, où les humiliations sont quotidiennes et où la violence finit par s’installer.
Pourtant, les spécialistes rappellent qu’un divorce n’est pas nécessairement synonyme d’échec. Il peut, dans certaines situations, constituer une décision responsable lorsqu’il permet de préserver la vie, la dignité et la sécurité des conjoints ainsi que de leurs enfants.
Quand la violence devient le quotidien
Les violences basées sur le genre (VBG) ne se limitent pas aux coups. Elles englobent également les violences psychologiques, économiques, sexuelles et verbales. Elles concernent majoritairement les femmes, même si des hommes peuvent également en être victimes. Les données disponibles montrent que ces violences demeurent un problème préoccupant au Mali et touchent toutes les couches sociales.
Pour Dr. Mariam Konaté, psychologue clinicienne à Bamako : « Beaucoup de victimes restent dans leur foyer parce qu’elles espèrent un changement ou parce qu’elles craignent d’être rejetées par leur famille ou leur communauté. Malheureusement, certaines situations s’aggravent jusqu’à devenir irréversibles. ». Selon elle, les violences conjugales s’installent souvent progressivement : insultes, humiliations, isolement, contrôle des finances, menaces, avant de déboucher parfois sur des agressions physiques.
Le poids du regard social
Dans plusieurs communautés maliennes, le divorce demeure entouré de préjugés. Les femmes divorcées sont parfois jugées sévèrement, tandis que certains hommes considèrent la séparation comme une atteinte à leur honneur.
Amadou Diallo, sociologue, analyse : « La société exerce une forte pression pour maintenir le couple à tout prix. Or, préserver un mariage où règnent la peur et la violence ne protège ni la famille, ni les enfants. Il faut apprendre à distinguer la valeur du mariage de l’obligation de rester dans une relation destructrice. »
Les enfants, premiers témoins des violences, subissent également les conséquences de ce climat conflictuel. Les psychologues alertent sur les risques de traumatisme, d’échec scolaire et de reproduction des comportements violents à l’âge adulte.
Le divorce à l’amiable : une alternative à considérer
Le divorce est souvent vécu comme une rupture douloureuse. Pourtant, lorsqu’il intervient dans un climat de dialogue et de respect mutuel, il peut éviter une escalade de la violence.
Pour Maître Aïssata Traoré, juriste spécialisée en droit de la famille : « Le divorce à l’amiable ne doit pas être vu comme une victoire de l’un sur l’autre. C’est parfois la solution la plus responsable lorsque la vie commune est devenue impossible. L’essentiel est de préserver les droits de chacun, notamment ceux des enfants. »
Les médiateurs familiaux soulignent qu’un accompagnement psychologique, juridique et social permet souvent aux couples de prendre des décisions apaisées plutôt que de laisser les conflits dégénérer.
Prévenir plutôt que guérir
Les acteurs engagés dans la lutte contre les violences basées sur le genre insistent sur la nécessité de renforcer l’éducation au dialogue, la gestion non violente des conflits et la sensibilisation des communautés. Ils rappellent également que toute forme de violence est contraire aux droits fondamentaux et que les victimes doivent pouvoir bénéficier d’une protection et d’un accompagnement adaptés. Les autorités et leurs partenaires poursuivent d’ailleurs des actions de prévention, de prise en charge et de vulgarisation des dispositions juridiques relatives aux VBG.
Une responsabilité collective
Le divorce ne constitue pas une solution universelle à toutes les difficultés conjugales. De nombreux couples parviennent, grâce au dialogue, à la médiation ou au soutien familial, à surmonter leurs différends. En revanche, lorsqu’une relation est durablement marquée par la violence, les menaces ou un danger pour l’un des partenaires, mettre fin à la vie commune peut être une mesure de protection et non un échec.
La lutte contre les violences basées sur le genre ne repose pas uniquement sur la justice. Elle implique également les familles, les leaders religieux et coutumiers, les éducateurs, les organisations de la société civile et chaque citoyen. Promouvoir le respect, l’écoute et le règlement pacifique des conflits demeure la meilleure voie pour préserver des vies et construire des familles plus sereines.
Aminata Sanogo
