Depuis plus de vingt ans, la situation politique malienne est marquée par des changements de position, des alliances de circonstance et des luttes de pouvoir qui ont souvent empêché la population, cette majorité silencieuse, de vivre pleinement dans la dignité et la sérénité auxquelles elle aspire.
Au Mali, force est de constater que l’opposition politique n’a pas toujours joué le rôle qui devrait être le sien dans une démocratie. Trop souvent, certains acteurs politiques, lorsqu’ils sont en dehors du pouvoir, critiquent avec virulence les gouvernants et dénoncent leurs insuffisances. Mais dès qu’une opportunité leur permet d’intégrer le système ou d’accéder aux responsabilités, leur discours change et ils deviennent les défenseurs de ce qu’ils dénonçaient hier.
Cette situation s’est particulièrement illustrée sous les différents régimes que notre pays a connus, notamment sous Amadou Toumani Touré (ATT) et Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Sans qu’il soit nécessaire de citer des noms ou de dresser une liste d’exemples, chacun peut se reconnaître dans les positions qu’il a successivement adoptées au gré des circonstances.
L’opposition ne devrait pas être un ascenseur vers le pouvoir
Dans une Nation, l’opposition politique est indispensable. Elle constitue un contre-pouvoir chargé de surveiller l’action du gouvernement, de dénoncer ses erreurs, de défendre les intérêts des citoyens et surtout de proposer des alternatives crédibles.
L’opposition ne devrait donc pas être simplement un ascenseur permettant d’accéder au pouvoir. Elle devrait être une institution politique et morale capable de contrôler les gouvernants sans chercher systématiquement à les remplacer par intérêt personnel.
Une opposition responsable ne dit pas que tout va mal simplement parce qu’elle n’est pas aux affaires. Elle ne dit pas non à tout. Elle sait reconnaître une bonne décision lorsqu’elle est prise, soutenir une initiative utile à la population et, lorsque cela est nécessaire, formuler des critiques argumentées et proposer de meilleures solutions. C’est cette capacité à dépasser les intérêts partisans qui donne à l’opposition sa véritable légitimité.
Critiquer le pouvoir ne signifie pas être contre le pays
Avec les coups d’État successifs et l’avènement des réseaux sociaux, le débat politique malien est devenu complexe. Les réseaux sociaux ont donné à chacun la possibilité de s’exprimer, mais ils sont également devenus un espace où la manipulation, la désinformation et les règlements de comptes prennent de l‘ampleur.
Les soit disant opposants et les autorités en place manipulent les populations. Les uns pour trouver des voies et moyens à être aux affaires et les autres pour se maintenir au pouvoir. Dans les deux cas, une question essentielle devrait toujours guider l’action politique : quel est l’intérêt supérieur du Mali ?
Car le pays ne devrait jamais devenir l’otage des ambitions personnelles, des querelles de personnes ou des stratégies destinées uniquement à obtenir un poste ou à reconquérir une influence perdue. Il est particulièrement dangereux de vouloir affaiblir son propre pays dans l’espoir que les difficultés permettront de faire tomber ceux qui gouvernent. On peut contester un régime, dénoncer ses erreurs et réclamer des changements sans souhaiter l’échec de la Nation.
Le pouvoir passe, le Mali demeure.
Dans une période de crise, la responsabilité doit primer. La situation sécuritaire et politique que connaît notre pays impose à tous les Maliens un devoir de responsabilité. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut renoncer à la critique ou fermer les yeux sur les difficultés.
Au contraire, toute Nation a besoin de critiques. Mais celles-ci doivent être utiles, honnêtes et constructives. Lorsqu’une action contribue réellement à améliorer la sécurité, les infrastructures, les services publics ou l’image du pays, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, même lorsque l’on n’est pas politiquement proche de ceux qui l’ont menée.
Reconnaître une réussite ne transforme pas automatiquement un opposant en partisan du pouvoir. De la même manière, dénoncer une erreur ne fait pas de celui qui la dénonce un ennemi de la Nation.
C’est précisément cette maturité qui manque parfois au débat politique au Mali. On a tendance à juger les actions en fonction de la personne qui les accomplit plutôt qu’en fonction de leur intérêt pour le pays.
Le Mali est plus grand que ceux qui le dirigent.
Le Mali n’appartient ni à un président, ni à un gouvernement, ni à une opposition, ni à une génération de dirigeants. Le Mali appartient à son peuple. Les responsables actuellement aux affaires finiront, comme tous leurs prédécesseurs, par quitter leurs fonctions. D’autres viendront après eux. Autrement dit, les régimes passent, les hommes passent, mais la Nation demeure.
C’est pourquoi travailler volontairement à ternir l’image du pays, à amplifier ses difficultés ou à encourager les divisions dans le seul but d’affaiblir un adversaire politique revient finalement à fragiliser l’ensemble de la collectivité.
On peut combattre une politique sans combattre son pays. On peut s’opposer à un gouvernement sans souhaiter son échec au détriment de la Nation. On peut réclamer l’alternance sans provoquer volontairement le chaos.
Pour une opposition intelligente
Le Mali a besoin d’une opposition forte, mais surtout d’une opposition intelligente et responsable. Une opposition qui prépare l’alternance sans chercher à déstabiliser le pays. Enfin, celle qui place l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles.
Dans le contexte actuel, chaque Malien devrait comprendre que la défense de la Nation est une responsabilité collective. Cela n’exige pas de renoncer à nos divergences politiques. Cela exige simplement de savoir faire la différence entre l’intérêt d’une partie, l’intérêt d’un individu, l’intérêt d’un régime et l’intérêt supérieur du Mali.
C’est à cette condition que l’opposition pourra véritablement devenir ce qu’elle devrait être : non pas un obstacle au développement du pays, ni un ascenseur vers le pouvoir, mais un véritable contre-pouvoir au service de la Nation.
Dado Camara
