Face à l’abondance de mauvaises nouvelles, une autre manière de raconter l’actualité gagne du terrain : le journalisme de solutions. Sans nier les difficultés, cette approche cherche à mettre en lumière les initiatives qui fonctionnent et les personnes qui agissent pour améliorer leur quotidien. Une façon de faire de l’information, un outil de compréhension et aussi d’inspiration.
Chaque jour, les écrans, les journaux et les réseaux sociaux donnent à voir un monde marqué par les crises. Guerres, catastrophes naturelles, chômage, violences, pauvreté ou crises politiques occupent une grande partie de l’espace médiatique. Cette accumulation de nouvelles négatives peut donner au public le sentiment d’évoluer dans une société où les problèmes sont omniprésents et les solutions rares. Pourtant, partout, des femmes et des hommes expérimentent, innovent et construisent des réponses aux difficultés de leur époque. Ces initiatives restent parfois dans l’ombre. C’est précisément à ces actes que s’intéresse le journalisme de solutions.
Ne pas seulement raconter ce qui ne va pas
Le journalisme de solutions ne consiste pas à transformer l’information en discours optimiste ou à présenter une réalité embellie. Son objectif est plutôt de compléter le récit journalistique traditionnel en posant une question supplémentaire : quelles réponses sont apportées à ce problème et quels résultats produisent-elles ?
Dans un reportage consacré au décrochage scolaire, par exemple, le journaliste peut expliquer l’ampleur du phénomène, mais aussi enquêter sur les programmes qui permettent à certains jeunes de retrouver le chemin de l’école. De la même manière, face aux difficultés environnementales, il peut s’intéresser aux collectivités, aux associations ou aux entreprises qui expérimentent de nouvelles pratiques. L’enjeu est donc de raconter les problèmes tout en donnant au public les moyens de comprendre les réponses qui leur sont apportées.
Redonner une place aux acteurs de terrain
Cette approche permet également de diversifier les personnes que l’on entend dans les médias. Dans l’actualité classique, les responsables politiques, les experts et les représentants institutionnels occupent souvent une place importante. Le journalisme de solutions peut davantage donner la parole aux enseignants, aux bénévoles, aux entrepreneurs sociaux, aux habitants, aux associations et surtout aux personnes directement concernées par les problèmes traités. Cette diversité des voix contribue à construire des récits plus inclusifs. Elle permet de ne pas réduire une personne à sa difficulté ou un quartier à ses problèmes.
Informer sans donner de faux espoirs
Raconter des solutions implique cependant une responsabilité importante. Le journaliste doit éviter de tomber dans le « tout va bien ». Une initiative qui fonctionne dans une ville ne peut pas nécessairement être reproduite ailleurs. Un projet prometteur peut aussi rencontrer des obstacles financiers, humains ou institutionnels. Et certaines solutions présentées comme efficaces peuvent ne pas produire les résultats escomptés. C’est pourquoi le journalisme de solutions repose avant tout, sur la rigueur journalistique. Les chiffres doivent être vérifiés, les résultats confrontés à différentes sources et les limites clairement exposées. L’objectif n’est pas de convaincre le lecteur que tout problème possède une solution simple. Il s’agit plutôt de lui montrer ce qui est tenté, ce qui fonctionne, ce qui échoue et pourquoi.
Des récits qui peuvent changer le regard
Au-delà de l’information, ces récits peuvent avoir un effet sur la manière dont le public perçoit la société. Lorsqu’un média consacre un reportage à une initiative citoyenne, à une école qui innove ou à un groupe de jeunes qui crée son activité, il offre une représentation différente de la réalité. Le lecteur découvre des personnes capables d’agir et non uniquement des victimes de circonstance. Cette évolution est particulièrement importante dans les territoires régulièrement associés à des images négatives. Raconter leurs réussites, leur solidarité et leurs innovations ne signifie pas cacher leurs difficultés. Cela signifie simplement refuser de réduire toute une communauté à ses problèmes.
Faire du journalisme autrement
Dans un contexte où la confiance envers les médias constitue un enjeu majeur, raconter les solutions peut aussi permettre de renouer un dialogue avec le public. Les lecteurs ne cherchent pas uniquement à savoir ce qui s’est passé. Ils veulent également comprendre les enjeux et savoir ce qui peut être fait. Le journalisme de solutions ne prétend pas changer le monde à lui seul. Il peut cependant contribuer à changer la manière dont nous le regardons. Car, entre une information qui annonce un problème et une information qui explique comment des citoyens tentent de le résoudre, il existe une différence essentielle : la seconde donne au public des clés pour comprendre, mais aussi, des raisons de croire que l’action reste possible.
Aminata Sanogo
