Au Mali, il faut reconnaître que l’un des bienfaits des réseaux sociaux se sent dans la capacité de certains marchands de s’adapter à la vente en ligne. Autrement dit, être en mesure de prendre des commandes via internet et de s’assurer de leur livraison. Dans ce système, ils parviennent à faire le bonheur d’un certain nombre de citoyens, notamment des conducteurs de mototaxi qui se frottent les mains à travers les frais de livraison. Toutefois, il faut reconnaître qu’en période de vacances, ce bonheur s’élargit aux jeunes étudiants ou écoliers qui avec leurs motos « Jakarta » pour le plaisir des marchands.
« Les livraisons font mon bonheur en dehors des vacances. C’est par ce système que je fais rapidement ma recette journalière. Mais, depuis plus d’un mois, ce n’est plus le cas. Avec les vacances, on fait la concurrence avec des jeunes des quartiers qui se mêlent avec leurs motos Jakarta. Ils tissent contact avec les marchands pour livrer également. Et le problème avec ces jeunes, ils n’ont pas de contraintes. Ils livrent à des prix très bas. C’est un manque à gagner pour nous », se désole Chiaka, un conducteur de moto-taxi.
Abdoulaye poursuit : « Si un colis est censé être livré d’ordinaire à 2000 FCFA, les jeunes peuvent le faire même à 1000 FCFA. Car, pour eux, l’essentiel est de gagner juste du carburant, du forfait et un peu de jeton. Or, il faut voir nos tracasseries sur la route, le paiement de nos recettes. C’est très difficile en ce moment de garder contact avec les marchands », a expliqué cet autre conducteur.
Madou, conducteur de « telimani » également préfère sortir vers 17h pour ne pas passer la journée à rôder sans grande chose. Pour lui, à part les quelques rares clients, il n’arrive plus à livrer tant son deal est partagé entre lui et les petits d’un grand marchand. S’il y a 10 colis à livrer, ils sont partagés, dit-il : « Parfois, ce n’est pas une question de partage, les gens nous remplacent via leur accès facile et les prix auxquels ils livrent. Il faut reconnaître que la période de vacances est difficile pour les affaires de livraison en moto-taxi », a-t-il conclu.
A ces interventions, il faut reconnaître que parfois, le malheur des uns fait le bonheur des autres, à l’image des jeunes dont certains se confient.
La livraison des colis, un mini- emploi pour des jeunes
Daouda, fraîchement admis au baccalauréat est ravi de recevoir son cadeau. Une moto Jakarta qu’il compte mettre au service de la livraison de colis au compte d’un vendeur de chaussures. Un mini job auquel s’aventurent plusieurs de ses camarades du quartier. Il confie : « Hormis la recherche des documents et des courses de la maison, au lieu de rester à ne rien faire, je vais livrer des commandes. Ce qui me permettra de gagner un peu avant l’ouverture ».
Ali, la trentaine a abandonné les bancs, il y a longtemps et livre de temps en temps : « C’est pendant les vacances que plusieurs jeunes font des livraisons sinon, même en dehors, nous autres le faisons. Il suffit d’avoir des connaissances, d’être respectueux et surtout digne de confiance pour gagner son pain. Il faut voir, nous passons la majeure partie de nos temps sur des motos pour des courses inutiles et si l’utile se présente, comment ne pas saisir cette opportunité ».
Que disent les vendeurs ?
Habiba Sow, vendeuse de perruque (chapeau de mèche) estime : « Pendant les vacances, en cas de commande, moi je privilégie les jeunes qui sont dignes de confiance. Car, non seulement, ils sont moins chers, mais très accessibles. Tu les appelles et ils sont tout de suite là. Mais, cela ne veut pas dire que je me défais des conducteurs de moto-taxi. Il faut de temps en temps aussi les mettre en mouvement pour ne pas les perdre après les vacances, où les jeunes auront d’autres occupations », a-t-elle conseillé.
Diblo, vendeur d’accessoires pour homme a toujours misé sur des jeunes. Il possède le contact de plusieurs afin de livrer ses colis par celui qui est disponible. « Ce système me permet de faire un peu d’économie et d’avoir plus de clients ».
Maya, vendeuse, trouve que la livraison vient d’une manière en appui à ces jeunes. C’est pourquoi, elle dira : « C’est pour un temps, il faut qu’on essaie de tendre la main aussi à ces jeunes. Ça vaut mieux pour eux que d’aller s’asseoir toujours dans des grins ou de toujours quémander aux gens pour le moindre besoin ».
Alimatou Djénépo
