La salle de conférence de l’hôtel Columbus a servi de cadre à la cérémonie de lancement officiel du guide de sécurité numérique pour les journalistes, activistes et défenseurs des droits humains. L’événement a été organisé par l’ONG ARTICLE 19, l’institut Panos Afrique de l’Ouest et Avocats sans frontières Mali, avec l’appui financier de l’Union européenne, dans le cadre du projet « Renforcer l’espace civique et promouvoir les droits humains au Mali (ECDH) ».
Selon Dr Sylla Sow, maître de conférences titulaire à l’UCAD/FSJP et chercheur associé à ARTICLE 19 Afrique de l’ouest, la situation des défenseurs des droits humains demeure préoccupante, notamment en cette période de transition démocratique. Il a souligné que ces préoccupations sont davantage accentuées à l’ère du numérique, où l’information circule à une vitesse sans précédent. « Aujourd’hui, les journalistes, activistes et défenseurs des droits humains constituent une couche particulièrement exposée à des risques croissants liés à leur sécurité et à leur liberté d’expression. Ces risques incluent la surveillance numérique, le piratage, la censure, les campagnes de désinformation et les menaces directes. Autant de dangers qui compromettent non seulement leur travail, mais aussi leur sécurité personnelle et celle des communautés qu’ils représentent », a-t-il déclaré. Il a rappelé le rôle crucial que jouent les journalistes et activistes dans la promotion des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit avant d’insister sur la nécessité de préserver la liberté d’expression, de protéger les données sensibles et de renforcer les capacités des acteurs face aux défis sécuritaires actuels. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’atelier de lancement du guide, destiné à vulgariser les bonnes pratiques en matière de cyber sécurité, a-t-il indiqué. Il a rappelé l’objectif global de l’atelier qui est de promouvoir l’ouverture de l’espace civique à travers la connaissance et la maîtrise des bonnes pratiques de sécurité numérique. A ses dires, il vise également à mettre à la disposition du public un guide pratique permettant de se protéger contre la censure, les restrictions de l’internet et des réseaux sociaux ainsi que les différentes formes de répression en ligne.
Pour sa part, Mme Astou Diouf, chargée de projet à ARTICLE 19 Sénégal/Afrique de l’ouest, a présenté les grandes lignes du guide. Selon elle, la sécurité numérique est aujourd’hui essentielle pour préserver la liberté d’expression et assurer la continuité des activités critiques des journalistes et défenseurs des droits humains. Le guide propose ainsi des outils et conseils simples afin de rendre la sécurité numérique accessible à tous, quel que soit le niveau de compétence technique, a-t-elle laissé entendre.
L’objectif principal du document est de fournir un cadre à la fois pédagogique et opérationnel pour améliorer la sécurité numérique des journalistes, défenseurs des droits humains et activistes. Son élaboration s’est appuyée sur des enquêtes en ligne, des revues de publications récentes et des échanges directs avec des journalistes, dans le but de mieux contextualiser les données. Les résultats ont révélé l’existence de failles importantes dans les pratiques numériques, malgré certaines bases solides. En effet, seulement 50 % des personnes interrogées utilisent la double authentification, tandis que 40 % ont déjà été victimes d’attaques numériques. Face à ces constats, le guide met l’accent sur des besoins essentiels tels que la protection des données, la gestion des crises numériques et la préservation de l’anonymat en ligne dans des contextes hostiles.
Le guide présente également un panorama des principales menaces et de leurs impacts. Il aborde notamment la perte de données, qui se traduit par la disparition, la destruction ou l’impossibilité d’accéder à des fichiers importants (documents, contacts, photos, vidéos, enregistrements ou bases de données). Il traite aussi du piratage de comptes et des attaques par déni de service (DoS et DDoS), visant à rendre des sites ou services indisponibles par la surcharge de fausses connexions ainsi que des phénomènes de désinformation et de harcèlement en ligne. Parmi les conséquences de ces menaces figurent les atteintes à la liberté d’expression, les risques pour la sécurité personnelle, les impacts négatifs sur la communication et la crédibilité des acteurs ainsi que la nécessité d’adopter une approche proactive en matière de sécurité numérique.
Enfin, le guide consacre une partie importante aux bonnes pratiques, notamment la gestion sécurisée des identifiants et des accès, la protection des appareils et des logiciels ainsi que la navigation et les communications sécurisées.
Aminata Sanogo
