« Chaque pays mérite sa presse. Et chaque presse est le reflet de sa société et de ses pouvoirs publics », tel a été le message fort du président de la Maison de la presse, M. Bandiougou Danté, à l’occasion de la traditionnelle présentation des vœux du nouvel An.
Comme à l’accoutumée, le président de la transition organise chaque année des cérémonies de présentation à l’attention des forces vives de la Nation. Une occasion pour ces acteurs de présenter leurs vœux de nouvel an au président de la transition, à l’ensemble du gouvernement, mais aussi, de saluer les progrès réalisés et rappeler les insuffisances pour des solutions durables.
Ainsi, le lundi 19 janvier 2026, c’était le tour des professionnels des médias et les entités de régulation. Pour la circonstance, les présidents de la Maison de la presse, du comité national de l’égal accès aux médias d’Etat et de la haute autorité de la communication ont tour à tour prononcé leur discours en mettant l’accent sur les difficultés de la presse tout en sollicitant l’appui du président de la transition.
Pour le président de la Maison de la presse, son implication est essentielle pour accompagner une presse forte, responsable et souveraine, à la hauteur des défis informationnels actuels. Il a rappelé que ces derniers temps, le Mali, à l’instar des autres pays de l’AES, fait face à une vague préoccupante de rumeurs, de fausses nouvelles, de manipulations informationnelles et d’ingérences numériques. Si on en croit M. Danté, ces phénomènes ne sont ni abstraits, ni sans conséquences. Ils nourrissent la méfiance, exacerbent les tensions sociales, brouillent les repères, fragilisent les institutions et minent la confiance entre les citoyens, a-t-il indiqué. Pour lui, face à ce défi majeur, il ne suffit plus d’être réactif, il faut être collectivement stratégique. Et pour accomplir pleinement sa mission de service public, selon le président de la Maison de la presse, la presse a besoin de moyens humains, matériels, financiers et juridiques. Cependant, il est permis d’envisager qu’une mise à disposition effective par le ministre des finances et de l’économie, de l’aide publique à la presse, cumulée sur les cinq dernières années donnerait un souffle nouveau dans leur combat quotidien contre la désinformation et les discours de haine. Par ailleurs, il souligné que l’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour leur secteur, la crise énergétique suivie de la crise du carburant, a paralysé de nombreuses rédactions. Des radios se sont tues, les écrans de télévisions au noir et des kiosques des journaux laissés déserts. La Maison de la Presse, jadis haut lieu de rassemblement et de production intellectuelle, peine aujourd’hui à jouer pleinement son rôle, faute d’électricité, de connexion internet et d’activités génératrices de revenus, a-t-il déploré. Dans ces conditions extrêmes, beaucoup de rédactions ne sont plus viables et ne peuvent garantir des salaires décents à leurs agents. Parlant des insuffisances des textes régissant la presse, il a souligné que depuis plus de deux décennies, le secteur est régi par des textes qui ne correspondent plus aux réalités actuelles. Il s’est réjoui de la décision du président de la transition de créer, au sein de la Présidence de la République, une commission chargée de finaliser la relecture des textes relatifs à la presse, tout en souhaitant la réussite de cette mission. Avant de réaffirmer leur entière disponibilité à y contribuer jusqu’à l’adoption définitive de ces textes. Si le nouveau Code de procédure pénale comporte des avancées notables, selon le président de la Maison de la Presse, il constitue, en matière de liberté de la presse, un recul préoccupant. Car, à l’en croire, les sanctions pénales prévues par la loi sur la cybercriminalité et le nouveau Code pénal demeurent en contradiction avec la législation spécifique sur la presse. Pour lui, cette incohérence mérite d’être corrigée.
Dado Camara
