Au Mali, l’excision reste une pratique très répandue malgré ses conséquences graves sur la santé de la femme et de la fille. Selon l’Enquête Démographique et de Santé 2023-2024 (EDSM-VII), « l’excision au Mali constitue un réel problème de santé publique par son ampleur et ses conséquences graves sur la santé ». Une Sage-femme et un Médecin expliquent en quoi l’accouchement d’une femme excisée diffère de celui d’une femme non excisée, une comparaison importante dont on parle encore très peu.
Chaque accouchement comporte des risques naturels mais l’excision rajoutent d’autres complications : travail prolongé ou difficile, déchirures, recours à l’épisiotomie ou à la césarienne, hémorragie après l’accouchement et parfois, des complications pour le nouveau-né.
À court terme, l’excision peut provoquer des douleurs intenses, des hémorragies, des infections et dans certains cas, un choc pouvant mettre la vie en danger. À plus long terme, elle est associée à des troubles gynécologiques et urinaires chroniques, à des complications lors de l’accouchement ainsi qu’à des séquelles psychologiques durables tels que l’anxiété, des troubles du sommeil, le syndrome de stress post-traumatique.
Des complications plus fréquentes lors de l’accouchement
Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) consacré aux risques liés à l’accouchement le confirme, les femmes excisées ont davantage de risques d’accoucher par césarienne et le taux de mortalité de leurs enfants à la naissance est 50% plus élevé que chez les femmes non excisées.
Sage-femme dans un Centre de Santé Communautaire (CScom) à Bamako, Mme S.K.K. dont nous protégeons l’identité, observe cette différence sur le terrain. Selon elle, l’accouchement d’une femme non excisée se déroule plus facilement que celui d’une femme excisée. Lors d’un premier accouchement, les femmes excisées présentent le plus souvent des déchirures qu’il faut parfois élargir chirurgicalement pour permettre à l’enfant de sortir.
« L’appareil génital d’une femme est comme un élastique. Chez une femme non excisée, il s’étire facilement ; chez une femme excisée, les cicatrices laissées par la mutilation limitent cette élasticité et exposent à un risque élevé de déchirure », explique-t-elle.
Après 19 ans d’expérience, Mme S.K.K. estime que 90% des femmes excisées connaissent des complications lors de l’accouchement. Ces complications touchent aussi l’enfant. Lorsque le travail se prolonge, le bébé tarde à sortir et peut manquer d’oxygène, ce qui peut entraîner un traumatisme, voire un décès.
Pendant l’accouchement, lorsqu’une sage-femme constate qu’une patiente a l’appareil génital féminin rétrécit du fait de l’excision, elle le lui explique. « On le dit afin que l’intéressée puisse se rendre compte des conséquences de l’excision », précise Mme S.K.K. Cette prise de conscience pousse souvent les mères à vouloir protéger leurs propres filles de cette pratique.
Alerte sur les conséquences pour la mère et l’enfant
Médecin depuis plus de 15 ans, en milieu hospitalier comme sur le terrain, le Dr M.A.T. dit avoir constaté « de visu l’ampleur des dégâts causés par l’excision sur la santé des femmes et des nouveau-nés ». Dans les régions où la prévalence de l’excision est élevée, précise-t-elle, il est rare qu’une journée en salle d’accouchement ou en consultation prénatale se passe sans rencontrer une femme excisée. « C’est un problème de santé publique majeur, et non un fait anecdotique », insiste-t-elle.
A ce niveau, Dr. M.A.T cite les complications qui sont nombreuses et souvent graves. Les plus fréquentes sont, l’hémorragie du post-partum où la cicatrice de l’excision s’ouvre au moment du passage de la tête, provoquant un saignement important. La rétention d’urine ou de selles liée à la douleur et à l’œdème (gonflement) causé par la cicatrice. Les déchirures (périnéales) sévères ou la cicatrice rigide empêchent le périnée de se distendre normalement entraînant des déchirures profondes qui peuvent aller jusqu’à l’anus (fistules). Le travail prolongé (dystocie), la cicatrice fait obstacle, le bébé met plus de temps à descendre, ce qui épuise la mère et peut asphyxier l’enfant. Les infections graves, la plaie ouverte est un terrain propice aux infections, pouvant mener à des septicémies (infection généralisée du sang).
« Comparé à celui d’une femme non excisée, l’accouchement d’une femme excisée est bien moins fluide avec davantage de risques de déchirures majeures, de saignements abondants et de souffrance du bébé », ajoute-t-elle.
Protéger les générations futures
Le Dr M.A.T. adresse plusieurs conseils aux femmes concernées. « Ne pas avoir honte car l’excision est une mutilation subie et non une faute ; en parler à sa sage-femme ou à son médecin sans rien cacher ; consulter tôt dès le projet de grossesse ou dès le début de celle-ci ; accepter si nécessaire une défibulation ou une petite intervention chirurgicale simple qui soulage la douleur et peut sauver la vie de la mère et de l’enfant ; accoucher à l’hôpital plutôt qu’à la maison pour bénéficier de la présence d’un personnel qualifié et suivre scrupuleusement les conseils d’hygiène après l’accouchement pour éviter les infections ».
Elle conclut par un message à l’ensemble de la population, « l’excision n’est pas une tradition à préserver, elle est une atteinte à l’intégrité physique et psychologique de nos filles. Chaque cicatrice est une porte ouverte vers la souffrance, l’hémorragie, les infections et même la mort lors de l’accouchement ».
Au Mali, la Constitution du 22 juillet 2023 consacre le principe de protection de la personne humaine et de son intégrité dans son Article 2, « La personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne ».
Adja
