Face à la crise énergétique qui frappe durement le Mali depuis plusieurs années, de nombreux ménages et entreprises se tournent vers les installations solaires comme solution alternative pour faire face aux délestages récurrents. Cependant, cette situation a également favorisé l’émergence d’un marché peu encadré où certains opérateurs profitent de la détresse des populations pour réaliser des bénéfices excessifs.
Aujourd’hui, la vente de batteries lithium et de kits solaires connaît une expansion rapide. Si certains commerçants proposent des produits de qualité à des prix raisonnables, d’autres fixent des tarifs exorbitants sans aucune justification apparente. Cette absence de régulation crée une véritable anarchie sur le marché, au détriment des consommateurs déjà éprouvés par les difficultés économiques.
Il n’est pas rare de constater que deux batteries de mêmes caractéristiques techniques sont vendues à des prix largement différents, selon les vendeurs. A titre d’exemple, une batterie lithium de 5 kWh peut être proposée à un prix relativement abordable chez certains fournisseurs, tandis que d’autres la commercialisent à des montants nettement supérieurs, parfois avec une marge qui dépasse toute logique commerciale raisonnable.
Plus préoccupant encore, certains commerçants développent des systèmes de vente à crédit ou de tontines dénommés « Tontines kits solaires ». Présentées comme des solutions accessibles aux ménages modestes, ces offres cachent parfois des coûts excessifs. Ainsi, un équipement dont la valeur réelle pourrait être estimée à un certain montant est finalement payé à un prix largement supérieur après plusieurs mois de versements. Dans certains cas, les consommateurs ne disposent même pas d’informations claires sur les conditions de remboursement, les garanties ou la qualité des équipements proposés.
Cette situation soulève la question de la protection des consommateurs.
A l’instar de certains produits de première nécessité ou des hydrocarbures dont les prix sont encadrés par les autorités, de nombreux citoyens estiment qu’un mécanisme de contrôle devrait être mis en place pour le secteur des équipements solaires. Un tel dispositif permettrait d’éviter les spéculations excessives tout en garantissant l’accès du plus grand nombre à une source d’énergie devenue indispensable.
L’intervention de l’État pourrait prendre plusieurs formes, notamment à travers l’établissement de normes de qualité pour les batteries et panneaux solaires, l’homologation des fournisseurs agréés, l’obligation d’affichage transparent des prix ainsi que le contrôle des systèmes de vente à crédit. Ces mesures contribueraient à assainir le secteur et à renforcer la confiance des consommateurs.
Dans un contexte où les autorités encouragent la transition énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables, il demeure essentiel de mieux organiser le marché du solaire. L’objectif étant de permettre aux citoyens d’accéder à des équipements fiables à des coûts raisonnables et non de transformer la crise énergétique en opportunité d’enrichissement abusif pour quelques acteurs.
Le développement du solaire constitue une chance pour le Mali. Encore faut-il que ce secteur stratégique soit encadré de manière à protéger les consommateurs, encourager les investisseurs sérieux et garantir une concurrence saine au bénéfice des consommateurs.
Dado Camara
