Au Mali, pour sceller leur union, ils sont nombreux à choisir l’approche du mois de ramadan. Un moment tout aussi précieux et plein de sens pour certains mariés et parents. Ainsi, à la mairie de la commune VI du district de Bamako, au cours de l’année 2024, entre janvier et février, soit à deux mois avant le début du mois de ramadan, les autorités communales ont célébré 158 mariages des deux régimes ( polygamie et monogamie). Un chiffre tout aussi significatif comparativement aux autres mois de l’année. Qu’est ce qui motive le choix de la célébration des mariages à l’approche du mois de ramadan ?
De tels mariages durent-ils plus que les autres ?
En ces mois de l’approche du mois de carême, les cérémonies de mariage s’intensifient. C’est entre le four et le moulin que des familles se battent pour avoir leurs belles-filles avant le début du jeûne.
Des mariés confient
Gaoussou, la trentaine d’années, est dans les paperasses de la déclaration à la mairie. Il confie : « Le mariage est une obligation sur le plan social et même religieux. On devient responsable à travers ce choix et peu importe le moment de la célébration. Seulement, il faut comprendre que lorsqu’on se fiance, la pression des parents s’accentue à cette période et parfois, il est difficile de se soustraire de la pression qu’ils imposent ».
Quant à Oumou, nouvellement mariée, Elle affirme : « J’ai toujours rêvé de me marier un beau jour. Et c’est fait mais, à l’approche du mois de ramadan. C’est une occasion pour moi de mieux observer ma belle famille tout en les appuyant dans les travaux ménagers ». Un état d’esprit partagé par nombre de parents.
Des parents ou belles familles comblées
Naissa Konaté, ménagère, mère de famille se voit déjà en attendant l’arrivée de sa belle-fille censée leur tenir compagnie sur plusieurs plans. Il en va des travaux ménagers, de la cuisine et tout ce qui va avec. Pour cela, elle est en pleine préparation du mariage de son fils. Un fils qu’il a mis les pieds au mur afin de soulager ses peines, dit-elle. Ainsi, comme prévu, la célébration de l’union du jeune couple est déjà rendue publique, reste le jour J. Elle se dit confiante.
Quant à Oumou Bah, c’est plutôt la joie de voir sa benjamine voilée en noces, le dimanche passé, qu’elle lui ravive. Pour elle, la cérémonie du mariage en ce temps -ci implique une lourde responsabilité tant pour la mariée que pour le mari. Chacun est appelé à serrer sa ceinture pour combler les attentes et l’espoir placé en eux. Un espoir qui doit perdurer en dépit de tout, a-t-elle déclaré.
Des mariages avec des aléas ou à risques
«En ma connaissance, la religion est une motivation pour beaucoup de personnes en ce qui concerne le choix de la célébration des mariages à l’approche du mois de ramadan. Des gens surtout de l’ouest du pays considèrent ces mois comme bénis et qu’il faut opérer tout ce qui est souhaité dedans tandis que ceux du centre et à l’Est du pays ne sont pas dans cette dynamique. Pour ces derniers, ces moments sont des mois de difficultés. C’est pourquoi, ils ne font même pas des démarches du mariage », dévoile Sidiki Djiré, en sa qualité de parents.
Mamadou Ben Cherif Diabaté, communicateur traditionnel détaille : « D’une manière générale, les parents veulent voir leurs garçons se marier à l’approche du mois de ramadan pour avoir leurs belles-filles à côté afin de les initier ou de les impliquer dans les travaux ménagers ou pour être libres, voire mieux traiter ». Et de poursuivre sur la diversité des raisons dont certaines inavouées. Toutefois, pour arriver à sceller ces unions, notamment à l’approche du mois béni, Ben Cherif étale l’insistance des femmes auprès de leurs garçons souvent avec des termes de supplice du genre: «Tu as l’âge de te marier, je voudrais me reposer, je suis fatiguée… ». Des mots qui ont eu raison sur nombre de jeunes hommes qui se lancent à la hâte, estime notre interlocuteur. Pour lui, avec cette pression sociale, des mariages ainsi célébrés battent des ailes. Alors que faut-il faire?
La bonne préparation du mariage gage de survie du couple
«Le mariage ne s’improvise pas, ne s’invente pas. Il n’est pas célébré entre deux individus, mais plutôt entre deux familles, comme le faisaient les grands parents sur la base de la connaissance des familles réciproques. Certes, le risque zéro n’existe pas, mais de tels mariages tiennent contre vents et marées. Malheureusement, de nos jours, c’est le contraire. Il n’est plus question d’enquête de moralité, pas de bonne préparation surtout à l’approche du mois de ramadan. Ce qui fait qu’actuellement, on constate plus de failles ou d’échecs. On oublie que durant cette période, la nouvelle mariée doit s’attendre à s’acquitter de certaines tâches en se levant tôt pour se coucher tard. S’occuper des parents, du mari et des enfants s’il y en a. S’agissant d’une famille de taille moyenne, ça peut aller souvent, mais, dans le cas contraire, c’est difficile de tenir pour de nombreuses mariées. Et du coté du mari, les charges des 30 jours ne sont pas à négliger pour certains, vu qu’à cette période, les frais doublent ( condiments et autres) », a poursuivi Ben Cherif en sa qualité de griots qui sont impliqués dans toutes les démarches nécessaires : l’apport des Cola, la célébration, la consommation, la médiation avant tout désagrément.
Néanmoins, loin de démotiver les parents ou nouveaux mariés, Monsieur Diabaté sollicite une bonne préparation des familles à travers une enquête de moralité et une implication sincère, gage de réussite ou de survie des unions à l’approche ou après le mariage.
Alimatou Djénépo
