Au Mali, les téléphones portables sont devenus les premières portes d’entrée vers l’information. Sur Facebook, WhatsApp, TikTok ou X, les nouvelles circulent à une vitesse fulgurante, sans toujours passer par les canaux traditionnels de vérification. Dans ce contexte marqué par les défis sécuritaires, politiques et sociaux, l’éducation aux médias et à l’information (EMI) s’impose progressivement comme un enjeu majeur de citoyenneté.
Une information qui circule plus vite que sa vérification
Une vidéo sortie de son contexte, une image ancienne présentée comme récente ou un message vocal relayé de groupe en groupe, suffisent parfois à alimenter une rumeur en quelques heures.
Dans un pays où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la diffusion de l’information, les fausses nouvelles peuvent avoir des conséquences importantes : tensions communautaires, désinformation sur les questions sécuritaires ou perte de confiance envers les institutions.
Face à cette réalité, les spécialistes insistent sur la nécessité de développer chez les citoyens une culture de la vérification de l’information. L’éducation aux médias et à l’information vise précisément cet objectif. Elle apprend à identifier une source crédible, distinguer un fait d’une opinion, comprendre les mécanismes de fabrication de l’information et adopter les bons réflexes avant de partager un contenu.
Des initiatives qui se multiplient
Au Mali, plusieurs organisations nationales et internationales se sont engagées dans la promotion de l’éducation aux médias. L’UNESCO, en partenariat avec la Maison de la Presse, des organisations de journalistes et des acteurs de la société civile, organise régulièrement des sessions de formation destinées aux professionnels des médias, aux enseignants et aux jeunes. Ces formations portent notamment sur le fact-checking, la lutte contre les discours de haine, la vérification des images et des vidéos ainsi que l’utilisation responsable des réseaux sociaux.
L’objectif est de renforcer les capacités des acteurs de l’information tout en sensibilisant les citoyens aux risques liés à la désinformation.
L’école, un maillon encore fragile
Pour de nombreux observateurs, l’un des principaux défis demeure l’intégration de l’éducation aux médias dans le système éducatif malien.
Si certaines écoles et universités développent déjà des initiatives ponctuelles, l’EMI ne figure pas encore de manière structurée dans les programmes scolaires. Des enseignants plaident pour l’introduction progressive de modules adaptés à chaque niveau d’enseignement afin de permettre aux élèves de développer leur esprit critique dès le plus jeune âge. Selon eux, apprendre à lire, écrire et compter ne suffit plus. Il devient également indispensable d’apprendre à décoder les messages médiatiques et numériques.
Les journalistes face à de nouvelles responsabilités
L’évolution rapide de l’environnement numérique transforme également le métier de journaliste. Confrontées à la concurrence des réseaux sociaux et à la diffusion instantanée des informations, les rédactions sont appelées à renforcer leurs mécanismes de vérification afin de préserver leur crédibilité.
Plusieurs médias maliens investissent désormais dans les techniques de vérification numérique, conscientes que la confiance du public repose, avant tout, sur la rigueur de l’information publiée.
Pour les professionnels, la lutte contre la désinformation ne consiste pas uniquement à démentir les fausses nouvelles, mais aussi à expliquer au public comment vérifier une information.
Un enjeu démocratique
Au-delà des questions médiatiques, l’éducation aux médias est désormais considérée comme un outil de consolidation de la démocratie. Une population capable d’analyser les informations, d’identifier les manipulations et confronter les sources est moins vulnérable aux campagnes de désinformation et aux discours de haine.
Dans un contexte où chaque citoyen peut devenir producteur et diffuseur d’informations, développer l’esprit critique apparaît comme une condition essentielle pour préserver le débat public, renforcer la cohésion sociale et promouvoir une citoyenneté responsable.
Aminata Sanogo
