Au Mali, la situation économique actuelle fait voir de toutes les couleurs certains chefs de famille. Car, entre la cherté du coût de la vie (frais de condiments et divers soins du quotidien), le stress et l’angoisse sont au sommet dans nombre de familles. Pire est le cas des familles en location où des hommes perdent le sommeil depuis le 20 du mois en cours en attendant le ‘’5’’ du mois suivant, date limite de paiement des loyers de nombreux propriétaires de maisons en location. Ainsi, comme des jours de tontines, le « 5 », la recherche des solutions avant le jour » J » augmente le stress à plus d’un titre. Des chefs de famille, des propriétaires de maisons et des agents percepteurs de loyers se confient.
Dans une cour commune à l’Hippodrome, en commune I du district de Bamako, Mamadou, un chef de famille et père de plusieurs enfants, vit en location avec sa famille. Cet homme d’un âge avancé, relate sa crainte de l’arrivée du terme de chaque mois et l’attente infernale du 5, début du prochain et date à laquelle se présente l’agent en charge du recouvrement des mensualités de la chambre et antichambre qu’il partage avec ses enfants. « Jamais la crainte de la fin du mois ne s’est accentuée pour moi qu’en ce temps-ci », dit-il. Et de poursuivre : « En location, si tu as une marge de reliquat, tu peux essayer de dormir sur tes deux oreilles, mais à partir du moment où tu as des arriérés ou que tu dois payer à la fin de chaque mois, le sommeil est de courte durée. Telle est mon cas actuel. Je peine à payer à temps et dès que le 5 du mois approche sachant je n’ai rien en poche, je ne fais qu’imaginer les mots ou les remontrances de l’agent chargé de la collecte. Mais, hélas ! », se désole-t-il.
Pour Boura, un autre locateur le supplice reste entier, vu le partage du souci en couple, affirme sa femme Yayi : « Dès que la fin du mois s’approche, toutes nos discussions se tournent autour de l’arrivée de l’échéance. Mais, que faire ? », se demande-t-elle. Et de se réjouir de ne pas être en location dans une maison où habite le propriétaire. Là, dit-elle, outre le souci du loyer, il faut aussi contrôler.
Si tel est l’avis des locataires, que disent les propriétaires ?
Qui loue, paye
Tel un principe dont le respect doit s’imposer en matière de location en tout genre, estime Ladji, propriétaire d’un immeuble. Il poursuit : « Toute personne qui prend en location un site, une maison, même un objet en location est obligée de s’acquitter de la contrepartie. Faute de quoi, le lien de location peut être rompu au profit des plus solvables », dit-il.
Oumar, propriétaire d’une maison dont la moitié est occupée par des locataires, explique sa manière de voir les choses : « A l’heure actuelle, il est difficile de faire pression sur des chefs de famille. Cela, vu que tout le monde se plaint. C’est pourquoi au lieu du 5 de chaque mois, j’accorde plus de temps. Et pour les anciens, je peux parfois leur laisser la marge d’un voire deux mois. Cette situation ne me profite pas mais, que faire ? », se demande-t-il.
Si tels sont entre autres stress ou angoisse, des locataires, bailleurs, il faut comprendre que la situation pèse aussi lourd sur la tête de certains agents percepteurs dans des agences immobilières.
Des agents percepteurs des locations témoignent
Ablo, la trentaine est chargée d’encaisser les loyers d’une dizaine de maisons et immeubles. Pour sa part, le mois n’est profitable que lorsque tous les locataires arrivent à s’acquitter de leur dû. Seulement, actuellement, au lieu d’encaisser le 5 du mois, il compte plutôt sur les appels des locataires pour la plupart du temps vers l’approche de la fin d’un autre mois. Ainsi, avec des cumuls, Ablo dit ne plus avoir suffisamment de gain qui lui revient. Toutefois, en tant que père de famille, il se dit beaucoup plus compréhensif contrairement à ses débuts dans le métier où rien ne comptait à ses yeux que les sous à récolter.
A ce sujet, le moins que l’on puisse dire, c’est que différentes parties doivent communiquer pour éviter des problèmes. En ce sens qu’une personne en location ayant des arriérés ne doit pas négliger le paiement au profit des situations peu réconfortantes au vu des bailleurs. Quant aux agents percepteurs des frais de locations, bien que le besoin soit pressant, il ne faut jamais oser humilier son prochain surtout devant ses progénitures, son voisinage immédiat, entre autres.
Alimatou Djénépo
