À travers un plaidoyer particulièrement fort, Dr Mariam Abocar Touré, médecin épidémiologiste, membre de la commission communication de l’ordre des médecins du Mali, membre de la CAFO et de la Plateforme des femmes de l’AES du Mali, livre des explications sur l’hémorragie et ses conséquences, notamment dans le contexte des mutilations génitales féminines (MGF).
Selon la praticienne, une hémorragie correspond à une perte de sang anormale et abondante, pouvant être externe, lorsqu’elle est visible, ou interne, lorsqu’elle se produit dans le ventre, le thorax ou le crâne. Cette dernière forme est particulièrement dangereuse en raison de son caractère invisible.
L’excision, une cause traumatique d’hémorragie
Dans le cas de l’excision, Dr Touré explique que le saignement résulte directement de la section brutale de tissus génitaux fortement vascularisés. Elle qualifie ainsi l’hémorragie liée à l’excision de cause « traumatique pure ».
L’utilisation d’instruments tels que des couteaux, rasoirs ou objets coupants, notamment lorsqu’ils ne sont pas stériles, peut provoquer une blessure importante des vaisseaux sanguins. Le saignement peut, en outre, être aggravé par une infection secondaire. Notre médecin rappelle que les hémorragies peuvent avoir de nombreuses autres origines : traumatismes, interventions chirurgicales ou médicales, ulcères, tumeurs, anévrismes, troubles de la coagulation ou encore certaines complications liées à des maladies graves. L’accouchement peut également être à l’origine d’une hémorragie du post-partum.
Des formes différentes, mais un même danger
Les hémorragies peuvent être distinguées, selon que le vaisseau soit atteint. Une hémorragie artérielle se caractérise généralement par un sang rouge vif pouvant jaillir en jet et constitue une situation particulièrement grave. Une hémorragie veineuse se manifeste plutôt par un écoulement continu de sang rouge sombre, tandis qu’une hémorragie capillaire correspond à un suintement superficiel.
Elles peuvent également être externes ou internes. Dans le cas de l’excision, le saignement est principalement externe et peut être mixte, touchant les petits vaisseaux, les veines et, dans certains cas, une artère.
Le choc hémorragique : une urgence absolue
Pour Dr Touré, la gravité d’une hémorragie se mesure surtout à l’état général de la victime. Pâleur intense, sueurs froides, peau moite, soif importante, vertiges, perte de connaissance, confusion, accélération du pouls, respiration rapide et chute de la tension artérielle sont autant de signes pouvant traduire un choc hémorragique.
Chez l’enfant, la situation peut évoluer rapidement en raison du faible volume sanguin total. Une perte de sang relativement faible en valeur absolue peut donc avoir des conséquences graves. Les principales complications redoutées sont le choc hémorragique, l’anémie sévère, l’insuffisance rénale et, en l’absence de prise en charge urgente, le décès.
Dans le contexte des MGF, Dr Touré souligne également les risques de douleurs chroniques, d’infections, de fistules et de traumatismes psychologiques à long terme.
Compression et évacuation : les premiers gestes
Face à une hémorragie externe, le médecin insiste sur la nécessité d’agir immédiatement. Les premiers gestes consistent notamment à allonger la victime, exercer une pression ferme et continue sur la plaie avec un linge propre, puis alerter les secours et organiser rapidement son évacuation vers une structure sanitaire.
Elle déconseille de retirer un premier pansement imbibé de sang : il faut plutôt ajouter une nouvelle couche par-dessus et maintenir la compression.
La prise en charge médicale permet ensuite d’évaluer la quantité de sang perdue, l’état de conscience, le pouls, la tension artérielle et la diurèse, puis de réaliser, selon la situation, des examens sanguins, une échographie, un scanner, une IRM ou une endoscopie afin de rechercher l’origine du saignement.
Chez l’enfant, chaque minute compte
La prise en charge d’une hémorragie chez l’enfant doit être particulièrement rapide. Il faut maintenir l’enfant allongé, le couvrir pour prévenir l’hypothermie, comprimer la plaie et l’évacuer, sans délai, vers une structure de santé. Notre interlocutrice recommande également de ne pas lui donner à boire ou à manger en attendant la prise en charge médicale. Elle rappelle qu’une fillette peut rapidement présenter des signes de choc après une excision. Une pâleur inhabituelle, une faiblesse importante, une altération de la conscience ou un saignement persistant doivent être considérés comme des signaux d’alarme.
« La meilleure prévention, c’est d’empêcher l’excision »
Au-delà de la prise en charge médicale, le message de Dr Mariam Abocar Touré est avant tout, préventif. Pour elle, la meilleure manière d’éviter une hémorragie provoquée par l’excision est de prévenir l’excision elle-même.
« L’excision n’est pas une tradition, c’est une mutilation », martèle-t-elle, appelant les communautés à protéger les filles et à préserver leur santé et leur avenir.
Au nom de TAMMAHA-l’Espoir, elle exhorte les familles et les acteurs communautaires à dire non aux mutilations génitales féminines et à faire de la protection des filles, une responsabilité collective.
Un appel aux agents de santé du Mali
En conclusion, Dr Touré lance un appel particulier à l’ensemble des professionnels de santé du Mali. Elle les invite à « briser le silence », à lever les tabous et à participer pleinement à la lutte contre les mutilations génitales féminines. Son message se veut ainsi à la fois médical, social et citoyen : mieux informé sur les dangers de l’hémorragie, agir rapidement face aux urgences et surtout prévenir les pratiques susceptibles de mettre en danger la vie et la santé des filles.
« Ensemble, disons non aux MGF au Mali », affirme-t-elle, faisant de la protection des filles une priorité pour la santé publique et pour l’avenir des communautés.
Adja
