Le Réseau africain des médias pour la santé et l’environnement (REMAPSEN) a donné, ce 27 novembre 2025, le coup d’envoi de la 4ᵉ édition de son Forum des médias dédié aux maladies tropicales négligées (MTN). Cette première phase, tenue en ligne, a réuni plus d’une centaine de journalistes, spécialistes de santé publique et acteurs de la société civile issus de plusieurs pays africains. Pendant près de trois heures, un message central a dominé les échanges : » l’Afrique ne pourra éliminer les MTN sans une mobilisation forte et continue des professionnels des médias ».
Cette édition se poursuivra en présentiel les 30 et 31 janvier 2026 à Cotonou, à l’occasion de la Journée mondiale consacrée à ces maladies, pour approfondir les réflexions et renforcer les stratégies communes.
Au cours des débats, les intervenants ont insisté sur le rôle crucial des journalistes dans la lutte contre les MTN, un groupe de maladies pourtant évitables, mais qui continuent de frapper les populations les plus vulnérables. Ces maladies sont l’onchocercose, la lèpre, le trachome, la dengue, la schistosomiase, la rage ou filariose lymphatique.
Yaye Sophiétou Diop, directrice des partenariats à Speak Up Africa, a rappelé que la plume et le micro des journalistes pèsent sur les politiques de santé, « Ce que les médias rapportent, façonne les décisions. Les MTN doivent occuper davantage l’espace public », a-t-elle martelé.
Pour le Dr Christian Johnson, expert en santé publique, maintenir ces maladies parmi les priorités nationales n’est pas une option mais une responsabilité pour les médias, qui influencent la perception et la mobilisation autour de ces enjeux.
La société civile, représentée notamment par Fatou Ndow de l’Institut de la Société Civile, a souligné que les récits des communautés affectées restent trop souvent invisibles. « Sans les médias, ces histoires restent confinées dans les villages », a-t-elle déploré.
Le Dr Kouamé Jean Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin, a quant à lui plaidé pour une collaboration plus structurée entre REMAPSEN et les institutions de santé afin de documenter les réalités du terrain. « Vos reportages peuvent révéler l’ampleur des défis sanitaires auxquels notre continent fait face » a-t-il souligné.
La cheffe de l’initiative ESPEN, Dr Maria Rebollo Polo, a mis en garde contre les conséquences de la diminution du financement international, qui menace notamment la distribution de médicaments dans les zones enclavées. Elle s’est néanmoins félicitée de l’engagement croissant des gouvernements africains à trouver des solutions durables.
Autre voix majeure de cette rencontre, la professeure Awa Marie Coll-Seck, ancienne ministre de la Santé du Sénégal et présidente de Galien Africa, a replacé la lutte contre les MTN au cœur de la souveraineté sanitaire africaine. Pour elle, les journalistes doivent aller au-delà des récits compassionnels et valoriser les innovations, les réussites communautaires et les progrès enregistrés sur le terrain.
À travers cette nouvelle édition, REMAPSEN veut renforcer les capacités des professionnels des médias pour transformer leur rôle en véritable levier d’influence politique et sociale. Le Forum de Cotonou, prévu en janvier 2026, devrait sceller ces engagements et impulser une dynamique continentale vers une Afrique libérée des maladies tropicales négligées.
Adja
