Autrefois considérés comme des sanctuaires dédiés au savoir, à la discipline et à l’épanouissement intellectuel, nos établissements scolaires sont aujourd’hui confrontés à un phénomène inquiétant : la consommation croissante de stupéfiants par les élèves. Un fléau silencieux qui gagne du terrain et met en péril, non seulement la santé des jeunes, mais aussi, l’avenir même du pays. Les causes de cette dérive. Selon les données de l’office central des stupéfiants du 1er janvier au 30 juin 2025, 70% des individus interpellés étaient des jeunes entre 15 à 45 ans et la quantité des produits saisis était de 76 tonnes 605 kilogrammes de drogues.
Depuis quelques années, bon nombre de jeunes s’adonnent à la consommation de drogues variées : cannabis, comprimés détournés de leur usage médical, alcool frelaté, ou encore des substances plus dangereuses circulant sous le manteau. Selon plusieurs témoignages, le phénomène touche aussi bien les écoles publiques que privées, les lycées que certains collèges. Pour beaucoup d’observateurs, différentes causes expliquent cette dérive : absence de surveillance, chômage et désœuvrement des jeunes fournisseurs, influence néfaste de certains groupes de pairs, manque d’encadrement familial et surtout affaiblissement de l’autorité scolaire. Les zones urbaines sont particulièrement exposées, mais les localités rurales ne sont pas non plus épargnées.
Les conséquences dramatiques
Les conséquences sont multiples et dramatiques. La baisse du niveau scolaire, l’absentéisme, les violences entre élèves, les troubles comportementaux et les risques sanitaires ne cessent de s’amplifier. Plusieurs enseignants affirment se sentir démunis face à des élèves sous l’emprise de stupéfiants, parfois agressifs ou désintéressés de toute activité pédagogique. Les parents, quant à eux, oscillent entre inquiétude, impuissance et incompréhension.
Un appel urgent
Car au-delà du simple constat, c’est un appel urgent que lance cet état des lieux : protéger les élèves contre la drogue, c’est préserver l’avenir du Mali. Si rien n’est fait, une génération entière risque de se retrouver piégée par les addictions, incapable de contribuer pleinement au développement du pays.
L’école, un espace sûr
L’école doit redevenir un espace sûr, propice à la construction intellectuelle et citoyenne. La lutte contre la consommation de stupéfiants en milieu scolaire n’est plus seulement un défi éducatif : elle est devenue une impérative priorité nationale.
Les actions de la Police Nationale
Selon le Contrôleur Principal de police, Assitan TRAORE, responsable du centre Djiguiya – One Stop Center, dans ce centre, il n’y a pas eu de recherche spécifique pour la toxicomanie en milieu scolaire, mais une recherche générale montre que sur 75% de jeunes de moins de 18 ans qui consomment les stupéfiants, on compte 25% de filles. C’est ainsi qu’elle affirmera : « Dans notre centre, on reçoit tous les cas à notre niveau, pas des scolaires seulement. On les accueille, évalue le niveau de toxicité, fait leur désintoxication et aussi leur prise en charge psychologues et on les héberge si nécessaire ».
Selon M. Traoré, actuellement, ils ne font pas de réinsertion, mais elle fait partie de leurs perspectives.
Des actions de sensibilisation
Elle nous confirme que pour lutter contre ce phénomène, ils ont mené des activités de sensibilisation au sein de plusieurs écoles sur les thèmes : « Qu’est-ce que la drogue et la toxicomanie juvénile et scolaire ? » ; « Les types de drogues » ; « Les conséquences et les conduites à tenir par les parents, les responsables scolaires et les autorités ».
Les parents et les enseignants s’expriment
Moussa Diarra, parent d’élève, déclare : « La consommation de stupéfiants en milieu scolaire est très difficile à arrêter, car beaucoup de jeunes consomment quotidiennement. Ensuite, ils infiltrent ceci à l’école et souvent les professeurs ne sont même pas au courant. Donc, il va falloir qu’en premier lieu, nous-mêmes parents, surveillons de près nos enfants. Et qu’on les sensibilise sur les dangers de la consommation des stupéfiants. En plus, l’école se chargera du reste… ».
Sékou Kéïta, enseignant, affirme : « Les stupéfiants en milieu scolaire, c’est une réalité qui gangrène nos écoles de nos jours, raison pour laquelle, vous voyez qu’un élève ose facilement lever la main contre son professeur et toutes les autres bêtises qui se déroulent dans les cours d’école. Le problème est que ces dernières années, l’éducation est donnée à moitié seulement aux enseignants, ils n’ont plus le droit de porter la main sur les élèves et tu vois un enfant faire … »
La lutte continue
La lutte contre la consommation de stupéfiants en milieu scolaire est un défi qui nécessite l’implication de tous. Les autorités, les parents, les enseignants et les élèves doivent travailler ensemble pour protéger l’avenir des jeunes et du pays.
Aminata Sanogo
