Dans le cadre des 16 jours d’activisme au Mali, la Police Nationale, en collaboration avec ONU Femmes et EUCAP Sahel Mali, a organisé une journée porte ouverte au Centre Djiguiya One Stop Center de la Police afin de renforcer la prise en charge holistique des femmes et filles survivantes de violences basées sur le genre (VBG). Crée en 2018 et situé dans l’enceinte de l’ancien Centre social de la police à N’Tomikorobougou dans la Commune III du District de Bamako, le Centre Djiguiya a pris en charge plus de 300 cas, toutes catégories confondues de VBG et contribué à la réinsertion et l’insertion dans des activités génératrices de revenus de plus de 100 femmes et jeunes filles survivantes.

Selon le Rapport trimestriel d’Octobre 2024 du Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA), plus de 7.600 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés au Mali entre janvier et mai 2024 parmi lesquels 97% des survivantes sont des femmes et 19 % de filles de moins de 18 ans.
Dirigé par le Lieutenant-Colonel Assitan Traoré, le Centre Djiguiya One Stop Center de la Police Nationale dispose d’une équipe multidisciplinaire composée entre autres de médecins et d’officiers de police judiciaire ) qui prend en charge gratuitement les femmes et filles à risque ou survivantes de violences basées sur le genre. Cette équipe offre des services d’aide, de conseils et fournit de l’assistance médicale, psychologique, juridique ou de médiation sociale pour protéger les femmes et filles et sauver des vies.
« Avant de retrouver ce centre, je voulais même me suicider. C’est une voisine qui m’a informé de son existence. Avec l’accueil et les conseils que j’ai reçus, Dieu merci, j’ai été soulagée », raconte Bintou, une survivante prise en charge et accompagnée par le Centre Djiguiya. « Avant, ma vie avait basculé. Avec la fréquentation du centre, j’ai compris beaucoup de choses et grâce aux formations », affirme Fatoumata, une survivante confiante, capable de sensibiliser et prévenir d’autres à vivre son passé.
Pour Maïmouna, le centre a changé sa vie. Autrefois, elle avait du mal à s’exprimer et à se confier en toute confiance. Maintenant, elle dispose de personnes à qui se confier au centre sans impliquer directement quiconque de sa famille. « Nous avons une association de survivantes au niveau du centre qui nous a donné de la confiance à nous-mêmes », dit-elle.
Doté de salles dédiées aux soins médicaux et psychologiques, le Centre Djiguiya dispose d’espaces d’hébergement temporaire et d’ateliers de formation en saponification, transformation agroalimentaire, cuisine pour les femmes et filles afin de favoriser leur insertion socioprofessionnelle et leur assurer une indépendance financière.
Défis à relever pour renforcer l’assistance et la prévention
Pour la Responsable du Centre, Lieutenant-Colonel Assitan Traoré, malgré les efforts d’accueil, de prise en charge et de protection des femmes et filles survivantes ou à risque de VBG, les défis à relever sont nombreux : l’insuffisance d’équipements médicaux, de fonds d’aide juridique et judiciaire, de fonds alimentaire pour les survivantes hébergées.

Pour les femmes survivantes interrogées, il faut des sensibilisations au niveau des communautés sur les violences basées sur le genre. A cet effet, elles souhaitent l’implication des associations des survivantes pour organiser des campagnes communautaires, des caravanes, des causeries-débats périodiques au niveau des quartiers pour mieux sensibiliser les communautés sur leurs expériences afin de protéger les femmes et filles contre toutes formes de violence.
Elles sollicitent également l’appui des partenaires techniques et financiers pour doter le Centre Djiguiya One Stop Center de la Police nationale de moyens nécessaires pour les formations en activités génératrices de revenus, gage de leur indépendance financière et un facteur important de prévention des violences basées sur le genre au Mali.
Fatoumata Traoré
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.
