Les coupures d’électricité et le manque de gas-oil paralysent les moulins, les commerces et la vie quotidienne des ménagères. Depuis plusieurs mois, le pays traverse une crise énergétique sans précédent. Les attaques répétées contre les citernes d’approvisionnement en carburants ont provoqué une pénurie généralisée d’essence et de gas-oil. Si les transports et les commerces en ont déjà souffert, la situation s’aggrave désormais pour les moulins et les ménagères, piliers du quotidien surtout dans les quartiers populaires.
Des moulins réduits au silence !
À Niamakoro, le bruit des moulins s’est tu. Dans ce quartier populaire très animé de la capitale, les moteurs ne tournent plus qu’en de rares moments. Aly Coulibaly, propriétaire de deux moulins, raconte sa détresse : « J’ai deux moulins, l’un marche avec l’électricité et l’autre avec du gas-oil. Mais, en ce moment, aucun ne marche. L’électricité ne dure pas et le gas-oil manque. Pendant les coupures, je travaillais avec le moulin à gas-oil pour nourrir ma famille, mais maintenant, les deux sont à l’arrêt. »
Les ménagères contraintes de revenir au pilon
Dans les foyers, les femmes n’ont d’autre choix que de revenir aux méthodes d’autrefois. Mme Sanogo Awa, ménagère, témoigne de son calvaire : « Le lundi passé, j’ai fait le tour de tous les moulins du quartier avec mon mil pour la bouillie. L’électricité était coupée et tous les moulins à gas-oil fermés. J’ai dû piler à la main comme nos mamans faisaient avant. Depuis, je suis malade ».
Mme Traoré Nagnouma : « j’ai été obligé d’acheter un kilogramme de riz pour faire la bouillie parce que je n’avais pas le choix, je n’ai plus de pilon. Et il n’est pas évident d’en trouver chez les voisins, car l’évolution se fait à la machine (moulin, broyeur, …) ».
Des petits commerces à l’arrêt
La crise ne s’arrête pas aux moulins. Dans les marchés, les petits métiers sont à genoux. Souleymane Diarra qui gagne sa vie en préparant viande et condiments, raconte : « Nous sommes à l’arrêt. L’électricité ne revient que le soir et les femmes ne peuvent pas venir à ces heures. J’ai un groupe électrogène, mais sans carburant, il ne sert à rien. La situation est vraiment inquiétante. »
Même désarroi chez Nouhoum Dembélé, un autre meunier du quartier : « Le vrai problème, c’est qu’on ne nous permet pas d’acheter le gas-oil en bidon. Nous n’avons pas de voiture pour le transporter. On peut passer la nuit à la station, mais si on ne peut pas ramener le produit, à quoi bon d’attendre ? »
Les commerçantes en détresse
La pénurie touche aussi les vendeuses de produits alimentaires. Mme Mariam Tandina, vendeuse de boulettes, confie : « Avec cette pénurie de carburant et de gaz, je ne peux plus faire tourner mon petit commerce. Quand je prépare mes produits, l’électricité coupe et tout pourrit dans le congélateur. Le gaz butane est devenu rare, même le charbon et le bois de chauffe sont devenus chers. Vraiment, la situation est critique. »
Une vie quotidienne bouleversée
De la cuisine au marché, la crise du carburant bouleverse le quotidien des familles. Dans des quartiers comme Niamakoro, où les moulins jouent un rôle crucial dans la vie économique, le silence des machines est devenu le symbole d’une population à bout de souffle.
Malgré tout, les habitants gardent l’espoir d’un retour rapide à la normale avant que la pénurie ne conduise à la paralysie sociale.
Aminata Sanogo
