Dans les allées du Centre international de conférences de Bamako (CICB), les échanges se multiplient entre journalistes, universitaires, experts et responsables de médias venus de plusieurs pays du continent. Dès les premières heures de la matinée, la capitale malienne a donné le ton de ce qui s’annonce comme l’un des grands rendez-vous africains de la communication. La première édition du Forum panafricain des médias (FOPAME) a officiellement ouvert ses portes sous la présidence du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga.
Placée sous le thème « Unir les voix, renforcer les liens entre médias d’Afrique », cette rencontre réunit plus de 200 participants issus d’une vingtaine de pays africains. Organisé à l’initiative de la Maison de la Presse du Mali, le forum ambitionne de créer un espace de réflexion sur les défis auxquels sont confrontés les médias africains dans un environnement marqué par l’essor du numérique, l’intelligence artificielle et la circulation rapide de l’information.
Dans la salle de conférence, les interventions se succèdent autour d’une préoccupation commune : comment permettre à l’Afrique de mieux raconter ses propres réalités ? Une question qui a occupé une place centrale dans le discours du Premier ministre Abdoulaye Maïga.
« Qui parle de l’Afrique ? », a-t-il lancé devant un auditoire attentif. Pour le chef du gouvernement malien, la souveraineté informationnelle du continent dépend avant tout de la capacité des Africains à produire et diffuser eux-mêmes une information crédible, équilibrée et fidèle à leurs réalités sociales, politiques et culturelles.
Face aux profondes mutations technologiques, le Premier ministre a souligné que les enjeux informationnels occupent désormais une place stratégique. Selon lui, les conflits contemporains ne se déroulent plus uniquement sur les terrains militaires. Ils s’étendent également aux espaces médiatiques, numériques et informationnels où se construisent les perceptions et les opinions publiques.
Évoquant particulièrement la situation des pays du Sahel central, Abdoulaye Maïga a invité les professionnels des médias à jouer un rôle actif dans la lutte contre les narratifs qu’il juge défavorables aux États de la région. Il a notamment insisté sur la nécessité de mieux expliquer les réalités du processus de Transition au Mali ainsi que les enjeux sécuritaires auxquels le pays est confronté.
Avant lui, plusieurs intervenants avaient déjà mis l’accent sur l’urgence de renforcer la coopération médiatique africaine. Le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, le président de la Commission d’organisation, Salif Sanogo, ainsi que Martin Faye, principal conférencier de la séance inaugurale, ont plaidé pour une communication africaine davantage intégrée et capable de répondre aux défis de l’époque.
Tout au long des travaux, les participants analyseront l’impact des nouvelles technologies sur le journalisme. Les discussions porteront notamment sur l’intelligence artificielle, l’avenir de la presse à l’ère numérique, la liberté d’expression, la lutte contre la désinformation et la transformation des modèles économiques des médias.
Dans les couloirs du CICB, les débats se poursuivent déjà bien au-delà des panels officiels. Les échanges témoignent d’une volonté partagée de renforcer les liens entre les médias du continent et de promouvoir une information produite par les Africains pour les Africains.
Prévu jusqu’au 6 juin, le FOPAME entend déboucher sur des recommandations concrètes en faveur d’un écosystème médiatique africain plus résilient, plus indépendant et mieux préparé aux défis du XXIe siècle. Pour quelques jours, Bamako devient ainsi le carrefour des réflexions sur l’avenir de l’information en Afrique et sur la place que le continent entend occuper dans la bataille mondiale des récits.
Aminata Sanogo
