Les violences basées sur le genre (VBG) demeurent un problème grave et systémique au Mali, avec des milliers de cas enregistrés chaque année ainsi que des femmes et filles particulièrement exposées. Malgré une légère baisse observée pendant certains trimestres, les données recueillies par les autorités nationales et des organisations humanitaires montrent une situation alarmante, révélatrice de profondes inégalités sociales, de stigmatisation et d’un accès insuffisant aux services de prise en charge.
Des chiffres qui interpellent
Selon le système de gestion d’information sur les violences basées sur le genre (GBVIMS Avril-juin), 905 incidents de VBG ont été rapportés pour le deuxième trimestre de 2025. Dans ces chiffres, les femmes représentent 97% de personnes survivantes dont 77% de femmes adultes et 20% de filles de moins de 18 ans. Plus largement, des rapports publiés en 2025 estiment qu’en 2024, près de 22 700 cas de VBG ont été enregistrés, une augmentation significative par rapport à 2023, avec 25 % de ces cas liés à des viols, mettant en lumière l’ampleur du phénomène à l’échelle nationale. Dans ces chiffres, les violences sexuelles, les agressions physiques, les mariages précoces et les violences psychologiques figurent parmi les formes les plus fréquentes de VBG dont souffrent les victimes.
Qui sont les victimes et les auteurs ?
Les femmes adultes (18 à 59 ans) sont les plus touchées, mais les adolescentes représentent une part importante des survivantes dans les données récentes. Plus alarmant encore : 63 % de viols concernent des filles de moins de 18 ans, selon GBVIMS.
Concernant les auteurs des violences, 87 % sont des hommes, souvent des partenaires intimes ou d’anciens conjoints. Les groupes armés et individus armés non identifiés sont responsables d’une large part de cas signalés, en particulier dans les zones affectées par l’insécurité.
Témoignages poignants
« Personne ne m’avait préparée à cela », confie SKD, survivante d’une agression. « J’ai perdu des amies, beaucoup ont eu peur de parler par honte et par peur du jugement », raconte-t-elle, décrivant les traumatismes psychologiques profondément enracinées chez les victimes.
Dans un autre cas rapporté par des réfugiées maliennes, plusieurs femmes ont décrit des violences sexuelles répétées, parfois commises lors d’attaques en zones de conflit, où des groupes armés exploitent la vulnérabilité des populations déplacées. « Les hommes sont partis… et alors ils ont commencé », raconte l’une d’elles, soulignant le choc et le sentiment d’impunité qui entourent ces actes.
Appels à l’action et perspectives
Les organisations de défense des droits humains et plusieurs acteurs de la société civile appellent à un renforcement des mesures de prévention, une amélioration de l’accès aux soins et à la justice ainsi qu’une éducation communautaire accrue. Des figures importantes du secteur de la promotion des droits des femmes demandent également une meilleure coordination entre l’État, les ONG et les partenaires internationaux pour briser le silence autour de ces violences et lutter contre l’impunité.
Aminata Sanogo
