Entre la hausse du coût de la vie, la baisse du pouvoir d’achat, le chômage et les incertitudes liées à l’avenir, de nombreux Maliens vivent aujourd’hui sous une pression psychologique croissante. Cette situation économique difficile affecte non seulement les conditions de vie des ménages, mais également leur santé mentale. Les spécialistes alertent sur une augmentation des cas de stress, d’anxiété et de dépression au sein de la population.
Dans les marchés, les bureaux, les ateliers et les foyers, les préoccupations économiques sont devenues omniprésentes. Pour de nombreuses familles, il devient de plus en plus difficile de faire face aux dépenses quotidiennes. L’alimentation, la santé, l’éducation des enfants et le paiement des factures représentent désormais de véritables défis.
« Chaque jour, nous nous demandons comment nous allons boucler le mois », témoigne Moussa Coulibaly, commerçant à Bamako. Et d’ajouter : « Les prix augmentent constamment alors que nos revenus ne suivent pas. Cette situation crée beaucoup de stress dans les familles. »
Même constat chez Mme Traoré Bassitan, mère de quatre enfants : « Nous faisons tout pour que les enfants ne ressentent pas nos difficultés, mais la réalité est là. Beaucoup de parents vivent dans l’inquiétude permanente. Certains ne dorment plus correctement à cause des problèmes financiers. »
Une santé mentale fragilisée
Au-delà des difficultés matérielles, les professionnels de la santé constatent les conséquences psychologiques de cette situation. Selon plusieurs spécialistes, le stress prolongé peut entraîner des troubles plus graves lorsqu’il n’est pas pris en charge.
Pour la psychologue Mme Koné Fatoumata, la souffrance psychologique liée aux difficultés économiques est une réalité souvent sous-estimée. « Lorsque les personnes vivent dans l’incertitude permanente, elles développent progressivement un sentiment d’impuissance. Cela peut se traduire par de l’anxiété, une perte de motivation, des troubles du sommeil et dans certains cas, une dépression », explique-t-elle. Elle souligne également que de nombreux Maliens hésitent encore à consulter un spécialiste en santé mentale, souvent par manque d’information ou en raison des préjugés qui entourent ces questions, d’où les suicides et les disparitions sans explication.
Des jeunes particulièrement exposés
Les jeunes figurent parmi les catégories les plus touchées. Face au manque d’opportunités d’emploi et aux difficultés d’insertion professionnelle, beaucoup expriment un sentiment de frustration et d’inquiétude pour leur avenir.
« Après plusieurs années d’études, je n’ai toujours pas trouvé un emploi stable », confie un jeune diplômé rencontré à Bamako. « Cette situation est décourageante. Beaucoup de jeunes perdent confiance et ne savent plus vers qui se tourner », a-t-il ajouté.
Selon l’économiste A. Diallo, la précarité économique exerce une pression importante sur les différentes couches de la société. « Lorsqu’une population est confrontée à des difficultés économiques prolongées, les conséquences dépassent largement le cadre financier. Les tensions sociales augmentent et la santé mentale des individus se détériore progressivement », analyse-t-il.
Appel des experts à une mobilisation collective
Face à cette situation, les spécialistes plaident pour une meilleure prise en compte de la santé mentale dans les politiques publiques. Ils recommandent également le renforcement des mécanismes de soutien aux ménages les plus vulnérables ainsi que le développement de programmes favorisant l’emploi et l’autonomisation économique.
Parallèlement, les acteurs de la société civile insistent sur l’importance de la solidarité communautaire, qui demeure l’un des principaux remparts contre l’isolement et le découragement.
Alors que les défis économiques persistent, de nombreux observateurs estiment qu’il devient urgent d’agir afin de prévenir une aggravation de la détresse psychologique au sein de la population. Car, derrière les chiffres de l’économie se cache une réalité humaine de plus en plus préoccupante : celle de milliers de Maliens confrontés chaque jour au stress, à l’anxiété et à la peur du lendemain.
Aminata Sanogo
