Au Mali, le diabète s’impose progressivement comme l’un des principaux défis de santé publique. Selon les professionnels de la santé, le nombre de personnes vivant avec cette maladie chronique ne cesse d’augmenter, particulièrement dans les zones urbaines où les changements de mode de vie et d’alimentation favorisent son apparition. Pourtant, entre les recommandations médicales et les réalités économiques des ménages, de nombreux patients peinent à adopter le régime alimentaire conseillé.
À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, les prix des denrées alimentaires connaissent d’importantes fluctuations. Pour de nombreuses familles, la priorité demeure de nourrir tous les membres de la famille avec les moyens disponibles. Dans ce contexte, certains aliments recommandés aux personnes diabétiques, tels que les légumes frais, les poissons ou les fruits en quantité suffisante, deviennent parfois difficiles à intégrer dans l’alimentation quotidienne.
Dans ce sens, Dr Nientao Ibrahim affirme : « Le régime alimentaire est un pilier essentiel du traitement ». Pour le Dr Nientao Ibrahim, endocrinologue, diabétologue et spécialiste des maladies métaboliques et de la nutrition, la diététique constitue un pilier fondamental dans la prise en charge du diabète et des maladies chroniques, en général. Selon lui, tout changement de comportement alimentaire doit tenir compte des réalités sociales et économiques des patients.
« Les recommandations sont adaptées à chaque patient, mais de manière générale, nous encourageons une alimentation diversifiée. Dans beaucoup de familles, les repas restent relativement monotones et sont préparés pour l’ensemble du foyer. Avec l’urbanisation, ces repas sont souvent plus riches en matières grasses, notamment en huile », explique-t-il. Le spécialiste souligne également les difficultés liées à l’accès aux légumes riches en fibres alimentaires. Bien que les tomates, les concombres, la salade et les haricots verts soient fortement recommandés, leur disponibilité varie selon les saisons et leur prix devient parfois prohibitif. « Cette situation constitue un frein important à l’observance des mesures hygiéno-diététiques », précise-t-il. Le Dr Nientao Ibrahim évoque également les difficultés rencontrées par certaines familles pour assurer un apport suffisant en protéines, notamment chez les enfants en pleine croissance. « Nous recommandons généralement une augmentation modérée de la consommation de protéines, notamment la viande, le poisson ou les œufs. Cependant, le coût élevé de ces aliments limite leur accessibilité pour de nombreux ménages », souligne-t-il. Selon lui, ces contraintes économiques affectent non seulement le respect du régime alimentaire, mais également l’observance thérapeutique.
Une alimentation équilibrée pour améliorer l’efficacité du traitement
Le diabétologue rappelle que le traitement médicamenteux ne peut être pleinement efficace sans une alimentation adaptée.
« Lorsqu’un patient diabétique ne respecte pas les recommandations alimentaires et multiplie les excès, il s’expose à des fluctuations importantes de sa glycémie pouvant entraîner diverses complications », a-t-il averti.
Il estime également que certains choix alimentaires aggravent la situation, notamment la consommation régulière de boissons sucrées, de sodas ou d’aliments très gras, souvent préférés aux fruits de saison, aux légumes et à d’autres aliments ayant un impact plus modéré sur la glycémie. Le Dr Nientao Ibrahim insiste sur le fait que l’alimentation du patient diabétique n’est pas fondamentalement différente de celle du reste de la famille. « Il faut surtout revoir certaines habitudes de préparation, réduire les quantités d’huile utilisée et privilégier davantage les légumes-feuilles dans les sauces. Les fruits de saison comme la mangue ou l’orange peuvent être consommés avec modération et apportent des fibres bénéfiques à l’organisme », explique-t-il.
Pour lui, il s’agit davantage d’une réorganisation des habitudes alimentaires que d’une transformation radicale du contenu de l’assiette.
« Le médecin me recommande de manger davantage de légumes et de réduire ma consommation de riz. Mais avec le budget familial, je cuisine surtout ce que je peux acheter », confie Mariam, une mère de famille diabétique rencontrée dans un centre de santé de la capitale.
Les recommandations nutritionnelles de Mme Coulibaly Yapégné Kassogué
Selon Mme Coulibaly Yapégné Kassogué, nutritionniste, les personnes diabétiques peuvent consommer de nombreux aliments locaux peu coûteux, à condition de respecter les quantités et l’équilibre alimentaire. Parmi les aliments recommandés figurent les légumes tels que le gombo, l’aubergine, le concombre, la tomate, le chou et les haricots verts. Les légumineuses comme les haricots, le niébé et les lentilles constituent également de bonnes options. Elle recommande aussi les céréales complètes ou peu raffinées, notamment le mil, le sorgho et le maïs complet ainsi que les sources de protéines telles que le poisson, les œufs et le poulet sans peau.
Certains fruits peuvent être consommés avec modération, notamment la papaye, l’orange, la goyave et la pomme. La nutritionniste souligne également l’importance des modes de cuisson. Elle recommande de privilégier la cuisson à la vapeur ou à l’étouffée, d’éviter les cuissons excessivement longues qui détruisent certaines vitamines, de limiter l’utilisation d’huile et les fritures répétées, ainsi que de consommer régulièrement des légumes frais ou légèrement cuits.
Elle conseille enfin de conserver l’eau de cuisson des légumes lorsqu’elle peut être utilisée dans les sauces ou les soupes, celle-ci contenant encore une partie des nutriments.
K . T, diabétique indique que ce n’est pas facile de faire face à ses besoins alimentaires et ceux de la famille pour faute de moyen.
Valoriser les produits traditionnels
Le Dr Nientao Ibrahim appelle à une meilleure valorisation des produits agricoles locaux. « Nos aliments traditionnels, parfois considérés à tort comme monotones, sont souvent naturels et riches en nutriments. Le couscous, le tô, les bouillies et d’autres préparations locales méritent d’être davantage valorisés face aux produits importés », affirme-t-il. Il encourage également les autorités, les opérateurs économiques et les transformateurs à améliorer les systèmes de conservation des produits agricoles afin de faciliter leur disponibilité tout au long de l’année. À l’endroit des patients, il rappelle qu’un régime équilibré n’est pas nécessairement synonyme de dépenses excessives. « L’essentiel réside dans l’organisation des repas et dans des choix alimentaires plus adaptés. C’est cette réorganisation qui permet d’atteindre un équilibre bénéfique pour la santé », conclut-il.
Adja
