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Au Mali, le risque de mortalité infantile est estimé à 52 décès pour 1 000 naissances vivantes et le risque de mortalité juvénile à 37 ‰ selon l’EDM VII 2023-2024. De nombreuses femmes enchaînent les grossesses avec peu de temps de repos entre les accouchements. Cette situation, souvent liée à des barrières d’accès à la contraception, aux mariages précoces ou encore à la pression sociale autour de la fertilité, menace la Santé publique. Les spécialistes ont toujours alerté que les grossesses trop rapprochées augmentent les risques de complications pour la mère et l’enfant.
Un phénomène fréquent dans un contexte de forte fécondité
Le Mali affiche l’un des taux de fécondité les plus élevés d’Afrique de l’Ouest. Selon l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF) fourni par l’EDSM VII 2023-2024, « une femme au Mali aurait en moyenne 6,0 enfants au cours de sa vie ».
Dans plusieurs familles, avoir des enfants rapprochés est encore perçu comme une norme socio-culturelle ou religieuse. Pourtant, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande un intervalle d’au moins 24 mois entre deux grossesses afin de réduire les risques sanitaires. Selon des données de santé publique disponibles au Mali, la mortalité maternelle reste élevée avec environ 464 décès pour 100 000 naissances vivantes. La mortalité infantile atteint près de 96 décès pour 1 000 naissances vivantes (bibliosante.ml).
Pour le docteur Niagalé Sidibé, « les femmes qui tombent enceintes peu après un accouchement n’ont souvent pas eu le temps de récupérer physiquement et nutritionnellement ».
Des mères plus exposées à l’anémie et aux complications
Les études médicales sur les grossesses rapprochées montrent une augmentation importante des cas d’anémie chez les femmes enceintes. Une recherche publiée dans une revue scientifique française indique que les femmes ayant un intervalle de moins de 9 mois entre deux grossesses présentent un risque d’anémie multiplié par près de cinq (ScienceDirect).
Au Mali, où la malnutrition touche déjà de nombreuses femmes enceintes, cette situation peut devenir dramatique. Selon l’Unicef, plus d’un million de femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë dans le pays (Reddit).
« Une mère affaiblie par des grossesses répétées peut souffrir d’hémorragies, d’épuisement chronique ou d’accouchements compliqués », explique Sanata dans un témoignage relayé par UNICEF Mali.
Les spécialistes soulignent également que le suivi médical reste insuffisant dans certaines zones rurales. Dans plusieurs localités éloignées des centres de santé, les femmes parcourent parfois des dizaines de kilomètres avant de recevoir des soins adaptés (unicef.org).
Des nourrissons en danger
Les conséquences des grossesses rapprochées ne touchent pas seulement les mères. Les bébés nés après un intervalle trop court sont davantage exposés à la prématurité, au faible poids de naissance et aux infections néonatales. Une étude scientifique a montré que le taux de prématurité atteignait 19 % chez les femmes ayant des grossesses rapprochées contre 8 % lorsque l’intervalle entre deux grossesses dépassait 18 mois (ScienceDirect).
Les chercheurs observent aussi davantage de cas d’hypotrophie néonatale des bébés trop petits pour leur âge ainsi que des troubles liés à l’hypothermie chez les nouveau-nés (ScienceDirect).
Pour le pédiatre Dr. Mamadou Diarra, la prématurité reste « un facteur majeur de mortalité infantile ». Les enfants prématurés nécessitent souvent des soins spécialisés difficiles d’accès dans certaines régions du Mali (Reddit).
Poids des traditions et barrières d’accès à la Planification familiale
Au Mali, 25 % des femmes actuellement en union ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale. En ce qui concerne les femmes non en union mais sexuellement actives, 49% d’entre elles ont des besoins non satisfaits (EDSM VII 2023-2024).
Les perceptions erronées dues à certaines croyances traditionnelles ou religieuses, le manque d’information courante et fiable sur la santé de la reproduction, et parfois l’opposition des conjoints à la contraception, limitent l’espacement des naissances. Selon une étude scientifique, l’absence de contraception après l’accouchement augmente fortement le risque de grossesse rapprochée (ScienceDirect).
Le taux de prévalence contraceptive moderne au Mali est en progression de 21% (EDSM VII) chez les femmes. Selon l’Unicef, « beaucoup de femmes souhaitent espacer les naissances mais n’ont pas toujours accès aux services adaptés ».
De nouvelles approches pour sauver des vies
Face à cette réalité, professionnels de santé et associations plaident pour un meilleur accès à la planification familiale et aux consultations post-natales à travers d’approches innovantes proposant des services et soins plus accessibles et de qualité.
Les campagnes de sensibilisation doivent être repensées autour de nouvelles méthodes, des cibles masculines, des canaux numériques et de nouveaux discours plus contextualisés. Les professionnels recommandent également un suivi nutritionnel des femmes enceintes et un accompagnement communautaire dans les zones rurales.
Aminata Sanogo
