La gaffe communicationnelle du ministre de la communication a été perçue comme un coup de marteau sur la tête des professionnels de la presse malienne. Lors de la cérémonie de clôture de l’atelier de renforcement de la communication gouvernementale, tenue les 3, 4 et 6 mars 2025 à Bamako, le Ministre AG Ilyen a dit ce qu’il pense réellement de la presse nationale professionnelle. Il a manqué de tact et de courtoisie. Selon les considérations sociétales maliennes, on ne peut pas appeler quelqu’un et lui manquer de respect.
Sauf qu’il ignore que le rôle professionnel de cette presse n’est pas de plaire ou déplaire. Elle travaille selon l’éthique et la déontologie. Comparer avec d’autres acteurs qui n’ont pas les mêmes rôles, ni les mêmes conditions de travail, est tout simplement la pire erreur. Ce sont des décennies de travail qui viennent d’être banalisés par notre cher ministre.
Comment voulez-vous qu’on s’adapte avec la réalité du moment et avec une situation dans laquelle on demande de payer des taxes et autres redevances tout en nous privant des contrats et autres services qui permettent de faire fonctionner les entreprises de presse ? Si c’est comme cela que le ministre pense de sa presse nationale, il est temps pour celle-ci de prendre ses responsabilités.
Malgré l’existence des lois, si les autorités préfèrent classer les maliens, il faut souligner que les acteurs de la presse ne sont les derniers. Ces acteurs informent, éduquent, sensibilisent, soutiennent et mobilisent positivement la population autour des enjeux et questions d’intérêt général, participant ainsi à la Refondation de l’Etat et à la reconstruction de notre pays affecté depuis plus d’une décennie par des crises multiformes.
Quoi qu’on dise, nous continuons de jouer notre rôle pour le développement apaisé et harmonieux du pays. Et ce qui est sûr, monsieur le ministre, nous n’allons pas dire ce que vous voulez entendre, nous ferons notre travail dans les règles de l’art. Si vous n’êtes pas d’accord avec un journaliste, il y a des voies de recours, il suffit de prouver le contraire (qu’il a menti) et il sera puni par la loi parce que c’est un métier organisé avec des règles bien établies et des associations professionnelles de presse ouvertes au dialogue et à la collaboration positive.
A propos des règles bien établies, qu’est ce vous avez fait en tant que ministre de tutelle pour les textes réformés par les acteurs de la presse professionnelle qui sont en souffrance dans le circuit avant de nous demander de nous adapter ? Si vous ne voulez pas de la collaboration de la presse, tant pis ! Mais de grâce, ne nous manquez pas de respect.
Ces propos du ministre nous amènent à poser des questions sur les critères de choix des ministres du gouvernement de notre pays. Sont-ils nommés en fonction de la qualité de leurs compétences ou s’agit-il d’une simple distribution de poste ? Cependant, un vrai professionnel de médias ou communicants avec rang d’autorité n’osera faire une telle comparaison peu orthodoxe !
Dado Camara
