Face à la croissance des besoins des populations et à l’insuffisance des ressources consacrées à l’assainissement, plusieurs acteurs maliens intensifient leur plaidoyer pour la révision du décret fixant la redevance des services publics d’assainissement des eaux usées et excréta.
Depuis 2022, l’ONG BORDA, l’agence nationale de gestion des stations d’épuration du Mali (ANGESEM) et la coalition nationale – Campagne internationale pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement (CN-CIEPA/WASH), avec l’appui d’autres partenaires, multiplient les actions de sensibilisation et de mobilisation afin d’accélérer la réforme du décret n°2014-0474/P-RM du 23 juin 2014.
Dans cette dynamique, une conférence de presse s’est tenue le jeudi 14 mai 2026, au siège de la CN-CIEPA/WASH. Elle était animée par le directeur exécutif de la Coalition, Boureima Tabalaba, le chef de section Études et planification à l’ANGESEM, Alou Traoré et Noëllie Dembélé de l’ONG BORDA, partenaire financier de la campagne de plaidoyer.
Les intervenants ont dénoncé le faible niveau des redevances actuellement appliquées à savoir, 23 francs CFA par mètre cube d’eau rejetée pour les ménages, 50 francs CFA pour les moyennes industries et 75 francs CFA pour les grandes industries. Des montants fixés depuis 2014 et désormais jugés inadaptés aux réalités du secteur.
Selon Boureïma Tabalaba, malgré les démarches entreprises après l’élaboration d’une note d’orientation, le processus de révision reste confronté à plusieurs blocages administratifs. D’où la nécessité de renforcer les actions de plaidoyer pour accélérer l’adoption d’un nouveau texte.
Pour Noëllie Dembélé, cette révision est indispensable à plusieurs niveaux. Pour elle, elle permettra d’abord d’assurer la durabilité des infrastructures d’assainissement grâce à une meilleure maintenance. Ensuite, elle s’inscrit dans le principe du « pollueur-payeur », qui vise à responsabiliser chaque acteur en fonction de la pollution générée, a-t-elle ajouté. Enfin, elle répond à un impératif de santé publique, a-t-elle conclu. Et d’affirmer : « Chaque goutte d’eau usée non traitée représente un danger pour la nappe phréatique et expose les populations, notamment les enfants, aux maladies hydriques ».
De son côté, Alou Traoré a rappelé que le Mali ne dispose actuellement que de 13 stations d’épuration, un chiffre insuffisant au regard des besoins du pays. À Bamako, une seule station traite entre 15 et 20 camions de vidange par jour alors que près de 160 camions circulent quotidiennement dans la capitale. Il a néanmoins salué l’évolution des travaux de la station de Tiénfala qui, une fois opérationnelle, pourra accueillir jusqu’à 150 camions par jour. Pour lui, la révision des tarifs est devenue incontournable afin d’assurer la survie des infrastructures et réduire la pression financière sur l’État.
Les responsables ont également plaidé pour la poursuite du dialogue avec le conseil national du patronat du Mali (CNPM), la mise en place de mesures d’accompagnement adaptées et le maintien du partenariat avec les médias afin de soutenir le processus.
Pour Boureïma Tabalaba, l’adoption récente de la politique nationale de l’assainissement constitue une opportunité majeure pour accélérer enfin la révision du décret et lancer concrètement les démarches administratives.
Adja
