Le mardi 13 mai, les partis politiques et les organisations à caractère politique ont été dissous par décret n° 2025-339 PT-RM lors d’un Conseil des ministres extraordinaire juste après l’adoption par la Conseil National de la Transition, du projet de loi portant abrogation de la loi 005-047 du 18 août 2005 portant Charte des partis politiques et de la loi 2015-007 du 4 mars 2015 portant Statut de l’opposition politique.
Selon l’Article 2 de la défunte charte, « les partis politiques sont des organisations de citoyens unis par un idéal, prenant la forme d’un projet de société, pour la réalisation duquel ils participent à la vie politique par des voies démocratiques. Ils ont vocation à mobiliser et éduquer leurs adhérents, à participer à la formation de l’opinion, à concourir à l’expression du suffrage, à l’exercice du pouvoir et à encadrer des élus ».
Appeler à jouer un rôle fondamental dans l’exercice de la souveraineté nationale, l’existence des partis politiques est inscrite dans la nouvelle Constitution de notre pays, promulguée en juillet 2023 à travers l’Article 39 : « les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la loi ».
Nouvelles dynamiques de pouvoir avec des risques de marginalisation
Actuellement, les femmes constituent 49,7% de la population malienne selon le dernier recensement général réalisé en 2023 (RGPH-5). Depuis l’indépendance en 1960, les femmes politiques participent aux processus électoraux et à la représentation nationale malgré une dynamique encore défavorable de sous représentativité dans les niveaux décisionnels.
Pour les femmes maliennes, les partis politiques constituent un moyen démocratique facilitant leur présence active dans la gestion publique largement dominée par les hommes et pour laquelle une recomposition favorable avait déjà amorcé depuis l’adoption de la Loi n°2015-052 du 18 décembre 2025 instituant des mesures pour promouvoir le Genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives.
Depuis les Assises Nationales de la Refondation en décembre 2021 et les Concertations nationales pour la révision de la Charte des partis politiques en Avril 2025, des conclusions issues de ces fora, incitent les décideurs publics à réformer la composition du paysage politique et le cadre politique et juridique des partis politiques au Mali avec comme stratégie, réduire le nombre des partis politiques afin de mieux refonder l’Etat et la démocratie au Mali.
Mme Kouyaté Goundo Sissoko, Présidente de la CAFO, dans une interview accordée à l’Essor estime que « refonder les partis, n’est pas réduire la démocratie. C’est lui redonner du sens, une réforme structurelle au service de l’intérêt général. Cette refondation sera vaine si elle oublie les femmes. Beaucoup de partis se créent sans vision claire, sans ancrage social réel, souvent à pour des fins personnelles. Donc, après cette dissolution, on ira vers une rationalisation du système partisan à travers une réforme de la loi sur les partis politiques ».
Dans cette vision de reformes systémiques, des partis politiques moins nombreux peuvent signifier moins de présence féminine et de diversité idéologique compétente dans leurs instances dirigeantes. Cela pourrait maintenir les dynamiques de pouvoir existantes qui marginalisent les femmes et favorisent davantage leur sous représentativité politique et décisionnelle dans les affaires publiques.
Dr Laya GUINDO, enseignant-chercheur, explique « retenons que les partis politiques n’ont pas été suspendus mais dissous. S’agissant de l’accès des femmes aux postes de responsabilité au sein des partis politiques, il est important de noter que cette question est intimement liée à l’existence des formations politiques ».
Mme Mariam SAMAKE, présidente de l’Association Espoir Femmes et Enfants du Mali (AEFEM) et membre du Bureau national du ROCP, clarifie « la voix des femmes commençait à être prise en compte. Cette dissolution est un petit frein pour la participation politique des femmes ».
Mme D.A, une interlocutrice qui a voulu garder l’anonymat, croit qu’avec la nouvelle charte des partis politiques, les femmes n’ont aucune chance. « Je peux conseiller aux femmes de se battre pour l’application stricte des dispositions déjà existantes en leur faveur telles que la loi 052 et les dispositions pour rendre la césarienne gratuite. Les organisations de femmes doivent recenser ces lois et essayer de faire un plaidoyer auprès des autorités pour l’effectivité de l’application de ces lois. Ensuite, on peut aller obtenir autre chose. Aussi, qu’ils impliquent totalement les jeunes et les femmes pendant l’élaboration de la nouvelle charte des partis politiques, ainsi elles pourront imposer leurs conditions » a-t-elle souligné.
Des conditions contraires à la vision du progrès politique des femmes
Certaines des nouvelles conditions recommandées lors des Assises Nationales de la Refondation et d’autres fora pour réformer la gouvernance politique risquent de détruire les progrès politiques acquis pour les femmes pendant des décennies. Par exemple, la réforme sur la caution proposée entre 100 à 150 millions à payer pour être candidates ou candidats aux nouvelles élections présidentielles.
Selon Mme Mariam SAMAKE, présidente de l’AFFEM et membre du Bureau national du ROCP, « si dans les jours à venir, il est exigé que de lourdes cautions soient payées, cela empêcherait les femmes de créer leur propre parti politique. La femme sera pénalisée sur ce volet qui est financier. Très souvent, elles n’ont pas tous les moyens nécessaires pour se présenter en tant que potentielles candidates à cause de l’insuffisance de moyens financiers. Cela les a souvent affectées pour accéder à des postes de responsabilité au sein des partis politiques ».
Pour Dr Laya GUINDO, enseignant-chercheur, « la question de la caution pose un grand problème dans un contexte où il est fortement souhaité de bannir l’argent du processus électoral et du jeu démocratique. Je ne pense pas que l’on aille vers l’instauration d’une telle caution. Il convient plutôt de considérer les questions d’éthique, de bonne conduite, d’engagement et de dévouement pour la cause commune et au bénéfice de la patrie pour créer ou adhérer à un parti ou même être candidat à un poste électif ».
Mme Kouyaté Goundo Sissoko, présidente de la CAFO dans une interview accordée à l’Essor propose que « la nouvelle réforme devra établir des critères stricts de représentativité, de transparence, de fonctionnement démocratique et d’implantation territoriale. Cette refondation ne sera complète que si elle intègre une exigence de justice sociale. Les femmes doivent y avoir toute leur place non comme de simples figurantes mais comme actrices majeures dans la gouvernance des partis et dans la vie publique ».
Aminata Sanogo
