Les statistiques nationales révèlent que les violences basées sur le genre (VBG) y compris les violences conjugales, ont connu une augmentation alarmante ces dernières années. En 2021, 9540 cas de VBG ont été recensés. Ce chiffre a grimpé à 14 264 en 2022, soit une augmentation de 49 %. En 2023, près de 16 000 cas ont été documentés, ce qui représente une moyenne de 1333 cas par mois, dont 96 % impliquant les femmes et filles, selon le système d’information sur les violences basées sur le genre (GBVIMS).
Face à ce constat, la fédération nationale des collectifs et organisations féminines du Mali (Fénacof-Mali), en collaboration avec l’organisation canadienne Journalistes pour les droits humains (JDH) a organisé une table ronde, sous le thème : “L’accès à la justice des survivantes de violences conjugales au Mali”.
Tenue le 20 mars 2025 à la Maison de la presse, avec l’objectif de renforcer la protection des femmes et des filles victimes de violences conjugales par le dialogue, le partage d’informations et des échanges constructifs, ledit évènement a réuni des organisations de la société civile, des structures étatiques, des collectivités locales et des médias.
Parmi les VBG, les violences conjugales sont les plus préoccupantes qui persistent depuis des années au sein des communautés maliennes à cause de plusieurs facteurs et inégalités qui continuent de maintenir une société patriarcale dominée par les hommes. Nombreuses sont les victimes qui n’osent pas dénoncer les acteurs de violences, soit par peur de déshonorer leurs familles, ou par honte, ou encore par méconnaissance de structurer de prises en charge ou par difficultés d’accès aux services. Raison pour laquelle, la présidente de la FENACOF, Kadidiatou Togola Sow a signalé que c’est dans l’optique de contribuer à l’amélioration de la prévention, la prise en charge juridique des cas de violences conjugales et l’amélioration de l’accès à la justice des survivantes de violences conjugales, que la FENACOF en collaboration avec JDH, a initié la présente table ronde. Elle a également rappelé que depuis décembre 2024, l’Etat du Mali a renforcé le cadre législatif et juridique afin de mieux lutter contre les VBG à travers la Loi N°2024-027 DU 13 décembre 2024 portant code pénal qui prévoit plusieurs dispositions contre les atteintes au genre (agressions sexuelles et autres violences basées sur le genre, harcèlement sexuel, pornographie forcée, mariage d’enfant et mariage forcé, injures basées sur le genre, discrimination économique en milieu de travail, déni de ressources, de services ou d’opportunités à l’égard d’une personne).
Le coordinateur de JDH/JHR au Mali, M. Moro Siaka Diallo, dans son intervention, indiquera que la crise sanitaire liée à la Covid-19, combinée aux défis sécuritaires et socio-économiques, a aggravé la vulnérabilité des femmes et leurs enfants, rendant la lutte encore plus complexe. Ainsi, il indiquera que de nombreuses femmes aspirent à échapper aux violences se heurtant à de multiples barrières allant des pressions familiales et communautaires, à la dépendance économique et au manque de ressources juridiques. Dans la lutte contre les violences basées sur le genre, le coordinateur de JDH s’est réjoui du renforcement du cadre législatif et juridique en 2024 dans notre pays. Et d’ajouter que ce progrès, bien que perfectible, constitue une avancée pour assurer un meilleur accès à la justice aux survivantes. Il a exhorté tous les défenseurs des droits humains à s’approprier ces nouveaux outils juridiques.
Pour la représentante du ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Fatoumata Siré Diakité, la lutte contre les violences basées sur le genre est une priorité pour notre pays de façon générale et particulièrement, pour le MPFEF, à travers la création du programme national pour l’abandon. Face aux chiffres alarmants, elle a souligné que cette table ronde est une occasion pour discuter des défis liés à l’accès à la justice et à la protection juridique. A ses dires, pour une meilleure prise en charge holistique des survivantes, il est nécessaire de renforcer la synergie entre les acteurs. Ce partenariat est essentiel pour créer un environnement où les femmes se sentent en sécurité et soutenues dans leur quête de justice, a-t-elle déclaré.
Cette table ronde a également enregistré des panels animé par le lieutenant-colonel Assan Traoré, responsable de “One Stop Center GMS”, Maître Alexandre Ouédraogo, juriste et Alexis Kalambri, journaliste, sur les thématiques comme « État des lieux sur les violences conjugales et la protection des survivantes au Mali », « l’accès à la protection juridique des survivantes des violences conjugales difficultés, insuffisances des réponses adaptées » et « le traumatisme en contexte de violences basées sur le genre » auquel il y a eu des échanges fructueux autour de ces thématiques et d’importantes recommandations sur l’accès à la justice pour les survivantes des violences conjugales au Mali.
Adja
