Dans les rues de Bamako, un phénomène qui prend de l’ampleur et suscite de nombreuses interrogations. De plus en plus, de véhicules privés sont équipés de klaxons ou d’avertisseurs sonores dont les tonalités ressemblent fortement aux sirènes des ambulances, des sapeurs-pompiers ou encore des véhicules officiels de l’État. Une pratique qui perturbe la circulation routière et complique le travail aux agents chargés de la régulation de la circulation routière.
Des sirènes qui ne signalent pas forcément une urgence
Autrefois, le son d’une sirène suffisait à alerter les usagers de la route de l’arrivée imminente d’un véhicule prioritaire. Automobilistes, motocyclistes et piétons cédaient immédiatement le passage afin de faciliter une intervention d’urgence. Aujourd’hui, cette réaction a beaucoup diminué. Et pour cause : la multiplication de voitures privées utilisant des avertisseurs sonores similaires à ceux des services de secours.
Sur plusieurs grandes artères de la capitale, il n’est pas rare d’entendre des sons comme celui d’une ambulance ou d’un convoi officiel avant de découvrir qu’il s’agit d’une simple voiture personnelle tentant à se frayer un passage dans les embouteillages. Cette banalisation du signal sonore d’urgence crée une confusion croissante chez les usagers ainsi que les agents de la circulation.
Une menace pour l’efficacité des secours
L’un des principaux risques de cette pratique est la perte de crédibilité des véritables sirènes d’urgence. Lorsqu’une ambulance transporte un patient dans un état critique ou si un camion de sapeurs-pompiers se rend sur un lieu d’incendie, chaque second compte. Si les usagers hésitent de libérer la voie en se doutant de l’authenticité du signal sonore, le temps d’intervention peut être allongé.
Des spécialistes de la sécurité routière estiment que cette confusion pourrait avoir des conséquences graves dans certaines situations où la rapidité d’intervention est déterminante pour sauver des vies.
Des policiers confrontés à une difficulté supplémentaire
Au niveau des carrefours de Bamako, les policiers chargés de la circulation routière doivent déjà faire face à la densité du trafic, à l’indiscipline de certains conducteurs et à l’insuffisance des infrastructures routières. L’utilisation abusive de sirènes assimilées à celles des services d’urgence vient compliquer davantage leur mission. Lorsqu’un véhicule actionne un avertisseur ressemblant à une sirène officielle, les policiers doivent parfois vérifier rapidement s’il s’agit réellement d’un véhicule prioritaire ou d’un simple usager cherchant à contourner les règles de circulation. Cette situation crée des hésitations, ralentit la prise de décision et peut provoquer des perturbations supplémentaires dans le flux du trafic.
Sensibiliser avant de sanctionner
Au-delà des mesures répressives, de nombreux spécialistes estiment que la sensibilisation doit jouer un rôle central. A cet effet, les conducteurs doivent être informés des conséquences de leurs actes sur la sécurité collective. Une fausse sirène ne représente pas seulement une nuisance sonore, mais elle peut également retarder l’arrivée d’une véritable ambulance en route pour secourir un malade ou d’un accidenté.
Les campagnes de sensibilisation pourraient également rappeler que la route est un espace partagé où le respect des règles demeure une condition essentielle de la sécurité de tous.
Aminata Sanogo
