À Bamako, un phénomène suscite de plus en plus d’inquiétude chez les parents, les autorités et habitants de plusieurs quartiers : la location d’appartements meublés par des groupes de jeunes, dont certains sont parfois mineurs. Derrière les façades discrètes de certains logements, des activités jugées inappropriées pour des adolescents se déroulent à l’abri des regards, malgré les réglementations encadrant la location de logements temporaires.
Un phénomène de plus en plus visible
Dans certaines communes du district de Bamako, notamment dans les quartiers huppés, il est facile d’observer des va-et-vient inhabituels de jeunes dans certains appartements meublés proposés à la journée ou pour quelques heures.
« Nous voyons souvent de très jeunes garçons et filles entrer dans ces appartements en plein après-midi ou tard le soir. Certains ne semblent même pas avoir l’âge de la majorité », témoigne Mariam Traoré, habitante d’un quartier de la Commune VI.
Selon plusieurs riverains rencontrés, certains propriétaires ou gestionnaires ne procèderaient pas systématiquement à la vérification de l’identité et de l’âge des locataires.
Dans cet ordre d’idées, un responsable des services de sécurité ayant requis l’anonymat, explique : « Tout gestionnaire de logement est censé identifier ses clients et tenir un registre. Les contrôles existent, mais certains appartements fonctionnent de manière clandestine et échappent aux vérifications ». Selon lui, le défi principal réside dans la multiplication des appartements loués de façon informelle, notamment de bouche-à-oreille ou sur les réseaux sociaux.
Les parents préoccupés
Pour de nombreux parents, la situation constitue une source d’inquiétude.
« Nous travaillons toute la journée et nous ne savons pas toujours où se trouvent nos enfants après les cours. Certains jeunes profitent de cette liberté pour fréquenter des lieux qui ne leur sont pas destinés », déplore Abdoulaye Coulibaly, père de famille.
Des associations de protection de l’enfance alertent également sur les risques auxquels peuvent être exposés les mineurs : violences, exploitation, consommation de substances illicites ou encore décrochage scolaire.
Les propriétaires se défendent
De leur côté, certains gestionnaires d’appartements estiment qu’il est parfois difficile de distinguer un mineur d’un majeur. « Nous demandons des pièces d’identité lorsque cela est possible. Mais certains jeunes présentent des documents ou viennent accompagnés de personnes plus âgées. Nous ne pouvons pas toujours vérifier chaque situation », explique un propriétaire d’appartements meublés dans la capitale. D’autres dénoncent une concurrence déloyale de la part de logements clandestins qui ne respecteraient aucune règle administrative des maisons en location. Car, en la matière, les propriétaires des maisons en location paient l’impôt dont le montant varie en fonction des frais de location. C’est donc un manque à gagner pour l’Etat.
Des appels à renforcer les contrôles
Face à la situation, plusieurs acteurs de la société civile plaident pour un renforcement des inspections et une meilleure sensibilisation des jeunes.
Pour la sociologue Aïssata Diarra, le problème dépasse la simple question des appartements : « Il faut également s’interroger sur l’encadrement des adolescents, l’éducation familiale et l’accès à des espaces de loisirs adaptés. La répression seule ne suffira pas à résoudre le problème. »
Entre responsabilité et vigilance
Alors que Bamako poursuit sa croissance urbaine et démographique, la question des locations temporaires reste au cœur des préoccupations. Entre le respect des libertés individuelles, la protection des mineurs et la lutte contre les activités clandestines, les autorités sont appelées à trouver un équilibre afin de garantir la sécurité de tous. Pour de nombreux observateurs, une meilleure collaboration entre parents, propriétaires, collectivités locales et forces de sécurité apparaît aujourd’hui comme l’une des pistes les plus prometteuses pour freiner ce phénomène.
Aminata Sanogo
