Au Mali, la lutte contre le VIH/Sida enregistre des progrès importants, notamment dans l’accès aux traitements et la prise en charge médicale. Toutefois, la stigmatisation et certaines limites du cadre social et professionnel continuent de freiner l’inclusion totale des personnes vivant avec le virus.
Un cadre juridique pour protéger les personnes vivant avec le VIH
Au Mali, le VIH/Sida demeure un enjeu majeur de santé publique. Pour répondre à ce défi, le pays s’est doté d’un cadre juridique destiné à protéger les personnes vivant avec le virus contre toute forme de discrimination. La loi n°06-028 relative à la prévention, à la prise en charge et au contrôle du VIH/Sida, adoptée le 29 juin 2006 à Bamako et promulguée par le président Amadou Toumani Touré, constitue le principal texte en la matière.
Composée de dix chapitres et de trente-neuf articles, cette loi encadre notamment les conditions de dépistage, la divulgation du statut sérologique et les mesures de prévention de la transmission du virus. Elle prévoit également des sanctions pénales pour toute violation de ces dispositions.
Selon Ousmane Traoré, chef du département Planification stratégique, Suivi et Évaluation au Secrétariat exécutif du Haut Conseil national de lutte contre le VIH/Sida, les droits humains occupent une place centrale dans la riposte à l’épidémie. « Notre mission consiste à mettre en œuvre des interventions et à formuler des recommandations afin de garantir un environnement protecteur pour les personnes vivant avec le VIH et celles qui en sont affectées », explique-t-il.
L’autonomisation et la connaissance des droits
Dans cette dynamique, le Haut Conseil national de lutte contre le VIH/Sida mène plusieurs actions en partenariat avec les organisations de la société civile et les associations communautaires. Ces initiatives visent à renforcer l’autonomisation des personnes vivant avec le VIH et à améliorer leur connaissance de leurs droits.
Selon Ousmane Traoré, de plus en plus de personnes connaissent aujourd’hui leur statut sérologique et osent sortir de l’ombre. L’objectif, explique-t-il, est non seulement de permettre aux personnes concernées de connaître leurs droits, mais aussi de leur donner les moyens de les revendiquer dans leur vie quotidienne.
L’accès à l’emploi et aux services encadré par la loi
La législation malienne protège également les personnes vivant avec le VIH dans plusieurs domaines clés, notamment l’emploi, l’éducation et l’accès aux soins. Toute forme de discrimination liée au statut sérologique est interdite lors des recrutements.
Toutefois, certaines professions, en particulier dans les forces de défense et de sécurité, restent difficilement accessibles aux personnes vivant avec le VIH. En cas de discrimination, les victimes peuvent se tourner vers des associations spécialisées qui les accompagnent dans leurs démarches judiciaires afin de faire valoir leurs droits.
Une disponibilité des traitements rassurante
Sur le plan sanitaire, les autorités assurent que les intrants médicaux nécessaires à la lutte contre le VIH sont disponibles dans les centres de dépistage et de prise en charge. Malgré le retrait de certains partenaires techniques et financiers, aucune rupture majeure de médicaments n’a été enregistrée jusqu’à présent.
Selon les estimations, environ 110 000 personnes vivent avec le VIH au Mali, dont près d’un tiers dans le district de Bamako. Par ailleurs, les autorités travaillent à une révision de la loi sur le VIH afin de l’adapter aux réalités actuelles. Le projet de réforme devrait prochainement être soumis à l’examen du Conseil national de transition.
Des avancées dans la prise en charge
Les personnes vivant avec le VIH saluent les progrès réalisés dans la prise en charge médicale. Au Mali, les bilans, les traitements et les médicaments sont gratuits pour les patients. Elles bénéficient également d’un accès à l’éducation, à l’alimentation et à certaines opportunités d’emploi.
Cependant, certaines préoccupations subsistent, notamment l’exclusion des jeunes vivant avec le VIH de certains concours, en particulier ceux liés aux formations militaires en raison des tests sanguins exigés. Pour Mariam Touré, cette situation mérite d’être reconsidérée, estimant que ces jeunes sont souvent en bonne santé et capables d’exercer les mêmes activités que les autres.
La stigmatisation, principal défi
Malgré les progrès enregistrés, la stigmatisation demeure l’un des principaux obstacles à l’inclusion des personnes vivant avec le VIH. Selon Mariam Touré, présidente du Réseau malien des associations de personnes vivant avec le VIH (RMAP+), la discrimination reste un frein important dans la vie quotidienne des personnes concernées.
Kadiadia Keïta, responsable chargée des femmes au sein du RMAP+, indique que la plupart des enfants de parents vivant avec le VIH sont scolarisés. Toutefois, leurs familles préfèrent souvent garder leur statut sérologique confidentiel afin d’éviter toute discrimination dans les établissements scolaires.
Une riposte nationale à renforcer
Le Plan stratégique national intégré révisé 2023-2026 de lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et les hépatites virales prévoit une riposte nationale intégrée, efficace et durable afin de contribuer à l’objectif mondial d’élimination de ces épidémies d’ici 2030.
Cependant, selon la septième Enquête démographique et de santé, la stigmatisation persiste encore dans certaines communautés. Des personnes vivant avec le VIH déclarent avoir été victimes de rumeurs, d’insultes ou de divulgation non consentie de leur statut sérologique.
Autant de défis qui rappellent qu’au-delà des avancées médicales, la lutte contre le VIH passe aussi par le respect des droits humains et la sensibilisation des communautés.
Fatoumata Traoré
