Au Mali, dans nombre de foyers surtout polygamiques, la question de la gestion des infections sexuellement transmissibles, notamment la multiplication des micro-organismes dans l’organisme humain, dont la porte d’entrée constituant les organes génitaux, est source de discorde, de mésentente, tant les uns et les autres se rejettent la responsabilité.
Dans un espace de tontine, les causeries font bon vent. Assata, la trentaine, évoque un sujet faisant l’actualité de nombreuses personnes : « les infections sexuellement transmissibles ». Elle accuse sa coépouse d’être la responsable, vu qu’elle estime faire toujours le nécessaire.
Baye rétorque : « Je suis seule avec mon mari. Mais, chez moi, c’est toujours le traitement. Quant à Oumou, il n’y a que les hommes pour nous les transmettre, déclare-t-elle d’un ton agaçant. Tels des récits qu’à l’habitude d’entendre probablement le corps médical.
Qu’en est-il réellement des IST ?
Toutefois, afin d’y voir clair, le directeur adjoint du centre hospitalo-universitaire Gabriel Touré –CHU HGT), le gynécologue obstétricien, Dr Mamadou Salia Traoré et le gynécologue praticien hospitalo-universitaire Point G (CHU Point G), Mamadou SIMA, se font le devoir d’éclairer la population sur les causes, les conséquences et l’attitude à adopter dans un couple ou en-dehors de ce cadre.
« Les IST sont des micro-organismes dans l’organisme dont la porte d’entrée constitue des organes génitaux. Ces micro-organismes sont de plusieurs sortes. Ça peut être des virus, des bactéries ou des parasites qui peuvent se retrouver dans l’organisme et se mettre à multiplier de façon anormale pour créer une infection », souligne le Dr Mamadou Salia Traoré. Pour en venir au traitement qui relève généralement des causes de l’infection (virus, bactéries ou parasites), il dira que s’il s’agit des bactéries, le traitement se fait avec les antibiotiques. Lorsqu’il s’agit des virus, généralement, c’est les anti-retroviraux qu’il faut donner. Si ce sont des parasites, ce sont les anti-parasitaires qu’il faut prescrire, a-t-il précisé. Et de révéler que les premières IST chez la femme sont les leucorrhées (les pertes blanches). Et pour ces pertes, Dr Traoré précise qu’elles ne sont pas une infection chez la femme. Parfois, dit-il : « Elles témoignent du fonctionnement de l’organisme féminin. C’est la raison pour laquelle elles ne sont pas toutes à traiter ». Par contre, poursuit-il : « Il y a des cas où les pertes blanches peuvent s’associer à certains signes, notamment les brûlures au niveau des organes génitaux ou lorsque la caractéristique en terme de couleur de la perte change dans certaines circonstances ou si elles ont une odeur qui oriente généralement sur le type de germe, ou encore si elles s’accompagnent de douleurs lors des rapports sexuels, entre autres. On peut dire que ces pertes blanches sont pathologiques ». A ce passage, Dr Traoré met l’accent sur le traitement des infections appelé la prise en charge syndromique, un vieux concept qui permettait aux praticiens de certaines localités reculées du pays en fonction des signes qui se présentaient, d’effectuer une prise en charge générale.
En complément, Dr Mamadou SIMA, gynécologue praticien hospitalier au CHU du Point G attire l’attention sur le traitement des infections sexuellement transmissibles par l’automédication qui est le fait pour une personne, de recourir à des médicaments sans prescription et de conseiller à une autre au lieu de l’orienter vers des structures sanitaires afin qu’on lui propose une prise en charge appropriée. Faute de quoi, l’infection sera persistante ou évolutive vers d’autres complications comme l’infertilité, entre autres.
A ces précisions, il en demeure que les infections et leurs traitements ainsi détaillés font sujet de discussion dans un couple ?
La gestion difficile des IST
Pour Dr Traoré, lorsqu’il y a une infection dans un couple, la responsabilité est toujours rejetée entre les deux partenaires. L’homme pense que c’est la femme et vice-versa. Et le plus courant, c’est la femme qui pense que c’est l’homme qui le ramène. Lorsqu’on arrive à ce niveau de discussion, la prise en charge devient compliquée. Il suffit juste de voir si cette infection nécessite que tous les partenaires sexuels soient traités. Et si tel est le cas, c’est ce qu’il faut faire. Par contre, il y a des infections pour lesquelles on traite uniquement la femme et ça s’arrête là. Aussi, il faut comprendre que la question d’infection peut se poser dans un couple comme en dehors. D’où l’intérêt pour lui d’attirer l’attention sur la quête d’un traitement adéquat pour éviter des infections récidivantes. Mieux, il en vient aux conseils pratiques utiles à la femme pour se mettre à l’abri des infections sexuellement transmissibles.
Des attitudes à adopter
« Il ne sert à rien de se rejeter la responsabilité des infections dans un couple », conseille Dr Traoré. Il poursuit : « Il suffit souvent d’une simple explication pour que les femmes comprennent que dès fois, ce sont leurs habitudes mêmes qui peuvent les exposer à l’infection. Pour ce qui est des infections génitales ou les IST, l’habitude vestimentaire peut en expliquer souvent. Par exemple, le fait d’un style vestimentaire trop serré. Par ailleurs, l’anatomie de la femme, du fait la proximité du vagin à l’anus l’expose lorsqu’après certains besoins, elle ne se nettoie pas de haut en bas, elle peut prendre des germes et les déposer sur ces organes génitaux ou encore le simple fait d’aller à la toilette. En principe, lorsqu’elle ouvre la porte, elle doit se laver les mains au savon. Cela peut la protéger et protéger d’autres personnes », dit-il. Et d’insister sur des comportements d’hygiène assez simples pour se mettre à l’abri. S’agissant d’un couple, pour lui, l’une des meilleures formules est la fidélité. Toute chose qui fait qu’on a plus de chance de ne pas en attraper.
Pour sa part, Dr SIMA revient sur l’utilité d’adaptation de l’habitude vestimentaire qui doit obéir au climat. Quand il fait chaud, il est bon d’éviter des habits trop serrés, vu que l’anatomie de la femme fait que l’entrecuisse est humide, pas assez aéré. Mieux, il met l’accent sur la nécessité pour les femmes en âge de procréer d’aller vers la vaccination HPV contre le cancer du col de l’utérus disponible dans toutes les structures sanitaires du pays et en toute gratuité.
Pour ce cas d’infection causée par papillomavirus humain, Dr Traoré dira que celle-là peut se retrouver dans l’organisme sans aucune manifestation chez la femme. Et si les conditions s’y prêtent, l’organisme même arrive à l’éliminer. Mais, dans certaines situations, elle peut évoluer et entraîner des complications pouvant conduire au cancer du col de l’utérus. C’est la raison pour laquelle, ce virus comme tout autre en matière d’infection sexuellement transmissible, selon Dr Traoré, doit être pris au sérieux lorsqu’il est présent dans l’organisme.
Alimatou Djénépo
