À Bamako comme dans plusieurs villes du Mali, la vente d’eau en sachets est devenue un phénomène de masse. Dans les marchés, aux abords des routes, dans les gares routières et lors des cérémonies familiales, ces petits sachets plastiques à bas prix sont omniprésents, surtout en cette période de canicule où le besoin en eau est plus élevé. Pourtant, derrière cette accessibilité apparente, se cache une réalité inquiétante : le non-respect des normes d’hygiène et de qualité. Or, consommer une eau non conforme n’est pas sans conséquence sur la santé.
Malgré plusieurs alertes de contrôle sur la qualité de l’eau en sachets, dans les journaux et sites d’informations au Mali, le système prend de l’ampleur sans souvent le moindre respect des normes. Il nécessite une réflexion des autorités et acteurs du secteur pour une règlementation du système afin de protéger la santé des citoyens, surtout quelques jours après la célébration à travers le monde de la journée internationale de l’eau (22 mars) sous le thème : « L’eau, source d’égalité ».
Le Premier ministre a rappelé lors de la journée commémorative, que l’accès à l’eau potable pour toutes les Maliennes et tous les Maliens constitue un droit reconnu tel qu’énoncé par l’article 10 de la Constitution du 22 juillet 2023.
L’essor de ce commerce s’explique par une forte demande en eau potable, notamment en période de chaleur. De nombreuses personnes y trouvent également une source de revenus. Cependant, cette croissance rapide s’accompagne d’une prolifération d’unités de production souvent informelles.
Selon plusieurs constats, la majorité de ces unités ne respecte ni les conditions d’hygiène, ni la réglementation en vigueur. Pire encore, certaines structures opèrent sans autorisation officielle, ni contrôle sanitaire, échappant totalement aux services compétents.
Une eau “potable” aux origines douteuses !
Dans de nombreux cas, l’origine de l’eau reste inconnue. Certains producteurs utilisent de l’eau du robinet, du puits ou d’autres sources non traitées, qu’ils conditionnent sans respect des règles sanitaires. Le processus de fabrication lui-même peut être exposé à la poussière, à des manipulations avec des mains non propres ou à des contenants insalubres. De plus, il n’est pas rare de trouver des sachets sans étiquetage fiable : absence d’adresse, de numéro de téléphone ou même de date de péremption. Cette absence de traçabilité met le consommateur dans une totale incertitude quant à la qualité du produit.
Consommer une eau non conforme n’est pas sans conséquence. Les spécialistes alertent sur les risques de maladies hydriques telles que la diarrhée, le choléra ou la dysenterie. L’eau impropre peut également provoquer des intoxications bactériennes ou chimiques.
Dans un pays où l’accès à l’eau potable reste encore un défi pour une partie de la population, la prolifération de ces sachets non contrôlés constitue une menace pour la santé publique.
Une réglementation existante, mais peu appliquée !
Le Mali dispose pourtant de textes réglementaires encadrant la production et la commercialisation des denrées alimentaires, y compris l’eau conditionnée.
En effet, l’agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) exige notamment une autorisation de mise sur le marché et un contrôle de qualité en laboratoire.
La présence du logo de cette autorité est censée garantir la conformité du produit. Mais dans la pratique, de nombreux sachets circulent sans cette certification. Le manque de contrôle sur le terrain et l’impunité des contrevenants contribuent à aggraver la situation.
Un appel urgent aux autorités
Face à cette situation préoccupante, il devient impératif que les autorités maliennes prennent des mesures fortes : renforcer les contrôles sanitaires et fermer les unités illégales, sensibiliser les populations sur les risques liés à la consommation d’eau non certifiée, exiger un étiquetage clair et obligatoire pour tous les producteurs et sanctionner les contrevenants pour dissuader les pratiques frauduleuses.
L’eau est un besoin vital, mais elle peut aussi devenir un vecteur de maladies lorsqu’elle n’est pas traitée correctement. Laisser prospérer un marché non régulé de l’eau en sachets revient à exposer des millions de Maliens à des risques sanitaires évitables.
Il est temps d’agir. Car derrière chaque sachet d’eau douteux se cache une menace invisible pour la santé publique.
Adja
