Après le décès d’un musulman, les parents, amis et voisins sont mobilisés. Avant l’heure de l’enterrement, ils se regroupent en famille pour accompagner le défunt dans sa dernière demeure. A cette occasion, des « hommes de Dieu » se proposent de faire des séances de prêches pour un rappel au nom de l’islam. D’autres sont sollicités par la famille du défunt. L’un et l’autre cas n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais, le hic c’est que c’est devenu une charge pour les parents du défunt. Pire, ceux qui se proposent exigent de l’argent. Ils vont jusqu’à aller demander de l’argent au conjoint. Cela, après une tentative sans succès auprès des parents.
Pour NN, une veuve, ces prêcheurs n’ont aucune compassion envers les parents du défunt encore moins au conjoint du défunt (ou de la défunte). « Le jour de l’enterrement de mon mari, un jeune homme est venu se proposer de dire deux mots à la veuve avant l’heure. Pour finir, il a récité les 313 noms du prophète (PSL) et a demandé aux femmes de saluer ces noms en lui offrant de l’argent. Après lui, un autre est venu, selon eux, dire encore deux mots à la veuve avant de lire une sourate qui serait bénéfique pour le défunt, avant de terminer avec les mêmes 313 noms du prophète (PSL) », a-t-elle relaté.
Malgré que l’islam recommande que les hommes et les femmes mettent une distance entre eux, ces jeunes gens qui agissent au nom de la religion n’hésitent pas à se tenir débout au milieu des femmes. Notre veuve raconte : « Après le cimetière, les sacrifices et les bénédictions, deux autres jeunes ont traversé la cour devant une foule nombreuse de femmes pour me trouver à l’intérieur, me réclamant de l’argent sous prétexte qu’ils avaient fait des prêches à l’extérieur devant la concession. Sous le choc, je leur ai remis 2 000 F CFA. Mais apparemment, ils n’étaient pas satisfaits, car une de mes sœurs est venue me dire qu’ils étaient assis devant la porte espérant certainement sur un parent du défunt ». Comme l’enterrement était dans un quartier de riches, plusieurs personnes se sont invitées. « Après les deux derniers, un autre a été bloqué au niveau du couloir par la fille ainée de la famille. Il insistait pour voir la veuve. De l’intérieur, j’entendais leur conversation », a-t-elle affirmé.
Il faut souligner que la majorité de ces gens sont des jeunes qui refusent de travailler pour s’adonner à cette pratique.
Selon DC, sœur d’une défunte : « Un prétendu prêcheur a disparu avec l’argent qui a été cotisé par les parents et amis pour la famille de la défunte ».
Malgré qu’ils ne soient pas appelés par les parents du disparu, ils viennent s’imposer afin de soutirer de l’argent sous prétexte d’un prêche.
Que dit la religion ?
Selon l’imam Doumbia, membre du réseau islam et développement, tenir des séances de prêche lors des cérémonies funéraires n’est pas une exigence. Avant de souligner qu’il n’y a pas de mal à faire un rappel pour permettre aux uns et aux autres de se rapprocher de Dieu. « Sinon, la mort seule suffit comme conseil », a-t-il souligné. À l’en croire, ce qui est recommandé pour faire du prêche lors des cérémonies funéraires, il faut que le prêcheur soit une connaissance du disparu ou que ses parents l’invitent.
Selon Malmatou Adam Doumbia : « Ceux qui s’adonnent à cette pratique ne le font pas à cause de Dieu. Il est clair que l’islam n’autorise pas que les femmes et les hommes se regroupent. La preuve même dans les mosquées, il y a une séparation. Donc, les hommes qui font du prêche au milieu des femmes lors des cérémonies funèbres profitent du malheur des gens pour se faire la poche ».
Les autorités compétentes, en l’occurrence le haut conseil islamique en collaboration avec le ministère des cultes, doivent empêcher ces imprudents qui agissent au nom de l’islam, à travers leurs gestes qui n’honorent pas du tout la religion musulmane.
Dado Camara
