Depuis 2020, les autorités nationales s’activent à résoudre la crise sécuritaire mais aussi à tourner la page des divisions profondes. Récemment, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale a été élaborée et adoptée. Pour sa mise en œuvre, sensibiliser la population dans les langues locales brisera l’une des premières barrières pour la compréhension individuelle et l’appropriation collective de son contenu.
Un texte adopté mais en attente de promulgation
Depuis plus d’une décennie, le Mali traverse une crise sécuritaire, politique et sociale. Pour y répondre, une Charte nationale pour la paix et la réconciliation a été élaborée. Adoptée à l’unanimité par le Conseil national de Transition (CNT), le document attend désormais sa promulgation par le Président de la Transition, Chef de l’Etat.
Pr. Bréma Ely Dicko, Sociologue et ancien membre de la commission de rédaction de la Charte, rappelle que la traduction est prévue dans les treize langues officielles du Mali. « La Charte sera vulgarisée à travers un Observatoire rattaché à la présidence. Elle sera enseignée dans les écoles ; traduite en braille pour les aveugles ; adaptée en gros caractères pour les malvoyants, et un chapitre est consacré au rôle des médias », explique-t-il.
Les médias en première ligne
Des journalistes n’ont pas attendu la promulgation pour jouer leur rôle d’information et de sensibilisation. M. Issa Kaba Sidibé, présentateur au Groupe Renouveau, explique avoir déjà intégré la lecture quotidienne des textes officiels dans ses émissions, « personne ne m’a demandé de le faire, mais j’ai pris l’habitude de lire à l’antenne les documents importants, comme la Constitution ou le Code pénal. Dans notre pays, la majorité de la population n’est pas alphabétisée en français. La solution passe par une sensibilisation dans les langues que les gens comprennent ».
Pour lui, la langue est le principal obstacle, « les choses essentielles sont souvent écrites dans une langue incomprise par la majorité. Beaucoup d’injustices et de conflits viennent de cette méconnaissance. Si, on résout ce problème, beaucoup de choses vont changer ».
Journalistes pour les Droits Humains (JDH), une organisation canadienne de développement des médias pour la promotion des droits humains, s’est aussi engagée dans une campagne médiatique (presse écrite et en ligne) de promotion du contenu adopté de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale afin d’accroître la connaissance du public et contribuer à lutter contre les rumeurs et fausses informations sur son contenu.
L’implication des spécialistes en langues et à l’éducation non formelle
L’Académie Malienne des Langues (AMALAN) joue un rôle clé dans ce processus. Son directeur, Dr. Adama Diokolo Coulibaly, rappelle que la Constitution de 2023 a déjà été traduite dans les 13 langues officielles, et que d’autres documents juridiques et scientifiques ont suivi.
« La langue influence directement la compréhension, l’adhésion et la participation citoyenne. Sans langue, il n’y a pas de vie sociale. Le problème, c’est que tous les documents officiels sont encore produits en français, ce qui crée des incompréhensions. Notre souhait est qu’un jour, les langues nationales remplacent progressivement le français. Concernant la Charte, nous espérons être associés pour la traduction, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas encore été sollicités ».
Au Centre National des Ressources de l’Education Non formelle (CNR-ENF), M. Sanogo Youssouf nous informe que leur structure n’a pas encore été rapproché pour une traduction de la Charte Nationale pour la Paix et la Réconciliation Nationale.
Les propositions de certains publics
Dans les rues de Bamako, le contenu de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale n’est pas très connu et compris du grand public. Fanta Haïdara, vendeuse au marché de Niamakoro, déclare : « j’ai entendu parler de la Charte mais je ne sais pas ce qu’elle contient. Si c’est pour la paix, il faut la traduire dans nos langues et former des gens pour venir expliquer dans les lieux publics ».
Issiaka Sanogo, étudiant à Bamako, partage sur sa connaissance de la Charte nationale pour la paix, « j’ai lu en ligne quelques passages mais je n’ai pas tout compris. Le document semble intéressant mais il faut éviter que cela reste comme pour l’Accord issu du processus d’Alger ou la Constitution, des textes connus seulement par l’élite. Les citoyens doivent être les premiers concernés ».
Aminata Sanogo
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.
