Ces derniers temps à Bamako, les difficultés autour des conditions de vie poussent certaines personnes à tromper les autres pour obtenir ne serait-ce qu’un minimum de sous. La hausse du coût de la vie, le chômage et la précarité grandissante créent un terrain favorable à de nouvelles formes d’arnaques de proximité.
Certains se permettent ainsi de mentir à un voisin ou à une amie pour soutirer quelques pièces. C’est ce qu’a vécu madame Diarra : « Tôt le matin, une femme s’est présentée chez moi en disant que son enfant était malade. Elle m’a expliqué qu’elle avait déjà acheté les médicaments, mais qu’il lui manquait environ 1 300 francs CFA pour compléter l’ordonnance. Elle prétendait être une voisine du quartier. Touchée par son histoire, je lui ai donné l’argent. Mais après vérification auprès d’autres voisins, j’ai compris qu’elle avait menti. Personne ne la connaissait », raconte-t-elle, encore déçue. Elle confie que cette mésaventure l’a rendue plus méfiante :« Le plus grave, ce n’est pas les 1 300 francs. C’est la confiance qui est brisée. Aujourd’hui, quand quelqu’un frappe à ma porte pour demander de l’aide, j’hésiterais. Et cela me fait mal parce qu’il y a de vraies personnes en difficulté. »
Une pratique de plus en plus fréquente
Dans plusieurs quartiers de Bamako, des habitants témoignent de situations similaires. Moussa Traoré, commerçant au marché Niamakoro, explique qu’il est régulièrement sollicité : « Presque chaque semaine, quelqu’un vient me raconter une histoire : enfant malade, transport bloqué, ordonnance incomplète… Parfois, ce sont les mêmes personnes qui reviennent avec une autre version. Au début, je donnais sans hésiter. Maintenant, je vérifie ou je refuse. »
Selon lui, ces comportements finissent par pénaliser les plus nécessiteux. « À cause de quelques menteurs, les gens ferment leur porte et leur cœur. Ceux qui ont réellement besoin d’aide se retrouvent sans soutien. »
L’avis d’un sociologue
Pour mieux comprendre ce phénomène, nous avons interrogé le sociologue Amadou Keïta, enseignant-chercheur à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako. Il affirmera : « Dans un contexte de précarité économique, certaines personnes développent des stratégies de survie qui peuvent basculer dans la manipulation ou le mensonge. Ce ne sont pas des réseaux criminels organisés, mais des initiatives individuelles motivées par le besoin immédiat d’argent. »
Il ajoutera toutefois que ces pratiques ont des conséquences sociales importantes : « La solidarité est une valeur forte dans notre société. Quand la confiance est rompue à petite échelle entre voisins, entre membres d’un même quartier, c’est tout le tissu social qui s’affaiblit. »
Entre méfiance et solidarité
Face à cette situation, certains habitants appellent à plus de prudence sans pour autant abandonner l’entraide.
Awa Coulibaly, mère de famille, propose une solution simple :« Quand quelqu’un demande de l’argent pour des médicaments, on peut proposer d’aller acheter directement les médicaments avec elle. Si elle refuse, cela veut déjà dire quelque chose ».
Dans une ville où la solidarité a longtemps été un pilier de la vie communautaire, ces petites arnaques du quotidien risquent de semer la méfiance. Pourtant, beaucoup espèrent qu’il est encore possible de préserver l’esprit d’entraide, tout en restant vigilant.
Aminata Sanogo
