Dans le contexte actuel de crises, la lutte contre la désinformation et les discours de haine restent de véritables défis à relever au Mali. Grâce à l’internet et à la connexion accrue aux médias sociaux en milieu urbain et rural, la prolifération instantanée des fausses informations et des discours haineux, représente une menace réelle pour les droits humains, la cohésion sociale et la stabilité du pays.
Selon des experts et professionnels de la presse et des médias, la lutte contre ces fléaux ne peut être effective qu’à condition d’adopter des solutions adaptées au contexte de crise, combinant prévention, réaction rapide, éducation, justice et coordination multisectorielle. Ces réponses ne relèvent pas seulement des médias ou de l’État, mais elles exigent une mobilisation collective des pouvoirs publics, de la société civile, des médias, des chercheurs, des forces de sécurité et des citoyens qui doivent comprendre et travailler ensemble pour bâtir une citoyenneté numérique, nécessaire à la Refondation apaisée et prospère du pays.
Abdoulaye Guindo est journaliste, blogueur, et Coordinateur de la plateforme « Benbéré ». Il s’explique et propose, « en général, la désinformation est créée en fonction des événements qui se produisent. A la situation de crise actuelle, la solution serait de former les communicants, tous ceux qui sont en position d’information surtout sur les réseaux sociaux, (blogueurs, journalistes, leaders religieux) sur l’information et la communication en temps de crise ; qu’ils connaissent aussi les outils de lutte contre la désinformation. Aussi, il faut soutenir les médias dans leur travail de producteurs d’information ; encourager la production de l’information crédible. Après, prendre des sanctions contre les diffuseurs des fausses informations ».
Ibrahima Traoré est le Directeur du Centre d’Information Gouvernementale du Mali – CIGMA. Il présente la réponse de l’Etat contre la désinformation : « le Gouvernement développe toute une stratégie pour contrer les fausses informations, mettre à temps la bonne information à la disposition des citoyens. Le Gouvernement s’emploie au quotidien à imposer le narratif officiel face à la propagande terroriste ou des médias que vous connaissez. A cet effet, des outils et canaux de communication sont multipliés pour déconstruire le narratif ennemi ».
Il rajoute que lutter contre la désinformation au Mali passe d’abord par la formation et l’équipement des professionnels des médias et de la communication. Il suggère de multiplier également les actions de sensibilisation à l’intention des acteurs concernés et de la population sur les dangers liés à la désinformation. Pour finir, il propose de mettre en place un système permanent et efficace de veille informationnelle.
Mahamadou Talata Maiga, Administrateur délégué de la Maison de la Presse du Mali, estime que la solution est d’agir en même temps, du côté de l’offre et de la demande de l’information. « Les élèves journalistes doivent être outillés en tant que professionnels surtout en ces moments d’insécurité. Les journalistes doivent travailler plus sur la vérification de leurs multiples sources d’information. Ils doivent développer de nouveaux mécanismes en termes de collecte et vérification de l’information. De l’autre côté également, il y a des mesures à prendre, il y a des conditions qui passent par l’éducation aux médias. C’est un aspect important parce que de façon générale, les journalistes sont des professionnels, ils produisent des contenus informatifs. De l’autre côté, nous avons les consommateurs de ces informations ».
Par ailleurs, il ajoute, « entre les médias professionnels et les nouveaux médias (réseaux sociaux et autres), c’est souvent difficile pour les publics de pouvoir faire la part des choses surtout que l’accès aux médias sociaux est plus facile aujourd’hui qu’aux médias conventionnels. Je pense que le professionnalisme doit être de mise pour ce qui est des médias d’information, mais également, une certaine éducation aux médias devrait être une réalité de l’autre côté. Cela est extrêmement important, il va permettre de développer un certain esprit critique, également une certaine discipline dans la consommation des informations qui envahissent aujourd’hui l’espace public ».
Aminata Sanogo
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.
