Le diabète, maladie chronique caractérisée par une élévation permanente du taux de sucre dans le sang, touche un nombre croissant de Maliens. Si les efforts médicaux se concentrent principalement sur la prévention des complications physiques, amputations entre autres, une dimension essentielle demeure trop souvent négligée : l’impact psychologique et social de la maladie sur les patients et leurs familles. Lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion de la journée mondiale du diabète, le Dr Bah Traoré, praticien hospitalier, diabétologue et endocrinologue à l’Hôpital du Mali, a partagé son expérience et ses inquiétudes face à une réalité préoccupante. C’était lors de la conférence de presse de la commémoration de la journée mondiale du diabète.
« J’ai commencé la prise en charge spécialisée du pied diabétique en 2019. Le traitement des plaies est extrêmement lourd. Peu importe que le patient soit riche ou pauvre, il aura besoin du soutien de quelqu’un », a-t-il expliqué. Selon lui, 60 % des patients diabétiques admis à l’hôpital arrivent déjà avec une indication d’amputation. Il affirme également que 98 % des lits d’hospitalisation sont occupés par des cas liés au pied diabétique. « Et 40 % des plaies cicatrisent… mais à quel prix ? », s’interroge-t-il. Le coût d’une hospitalisation de 90 jours peut dépasser 2 000 000 F CFA. « Et souvent, le patient revient un mois plus tard, parce que les vaisseaux sanguins sont obstrués », a-t-il ajouté.
Une souffrance psychologique silencieuse
Au-delà des complications physiques graves, le diabète engendre une souffrance morale profonde. « Beaucoup de patients vivent dans la peur quotidienne. Ils redoutent la moindre blessure, la moindre hausse de glycémie et surtout l’idée d’une amputation ou d’une longue hospitalisation. Ce stress permanent affecte leur moral, leur motivation à suivre le traitement et leur qualité de vie », a souligné Dr Bah Traoré. Il raconte le cas d’un patient, ancien pilier de son village et principal soutien de la communauté. Diagnostiqué diabétique, il n’a pas respecté les consignes de suivi médical. Peu après, il a développé une première plaie au pied et a été hospitalisé pendant six mois.
« Au début, la chambre était pleine de visiteurs. Une semaine plus tard, il ne restait que la famille proche. Après deux semaines, il ne reçoit plus que des appels. À la troisième semaine, il était seul », a-t-il laissé entendre. Amputé et radié de sa fonction, l’homme s’est retrouvé sans emploi. Les visites à domicile sont devenues rares. Il a confié au médecin : « L’amputation ne m’a pas fait aussi mal que la solitude. Ce qui me fait le plus souffrir, c’est de passer des jours sans voir mes proches, sauf mon fils. »
Pour le spécialiste, cette détresse sociale est parfois plus destructrice que la maladie elle-même. « Le diabète ne tue pas seul. La plaie ne tue pas seule. Mais l’abandon social peut briser un patient », affirme-t-il.
Le diabète affecte également la vie sexuelle des patients. En atteignant les nerfs et les vaisseaux sanguins, il perturbe des fonctions essentielles.
Chez l’homme, cela peut entraîner des troubles de l’érection. Chez la femme, on observe parfois une baisse du désir, une sécheresse vaginale ou des infections répétées. Ces difficultés, souvent taboues, aggravent le mal-être et peuvent fragiliser les couples.
Sensibiliser pour prévenir l’exclusion
Face à cette réalité, associations, médecins et institutions publiques multiplient les campagnes de sensibilisation afin d’encourager le dépistage précoce et de briser le silence autour d’une maladie encore sous-estimée. Car le diabète n’est pas qu’une statistique. C’est une réalité qui bouleverse des parcours de vie, fragilise des familles et révèle les failles de la solidarité sociale.
Au Mali, le diabète n’est pas seulement une maladie du corps. Il peut devenir un véritable problème social, lorsque le regard des autres, la pauvreté et l’isolement pèsent plus lourd que la pathologie elle-même.
Adja
