Au Mali, les violences basées sur le genre (VBG) continuent de constituer une crise majeure touchant particulièrement les femmes et les filles, au cœur d’une situation humanitaire aggravée par l’insécurité, les déplacements forcés et la faiblesse des services de protection. Les chiffres officiels et les rapports d’acteurs nationaux et internationaux montrent une hausse préoccupante des cas et des besoins en assistance.
Impact du conflit, déplacements et accès aux services
Les rapports du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) Mali soulignent que l’insécurité et la multiplication des zones de conflit entravent fortement l’accès aux services essentiels pour les survivantes. En 2024-2025, les déplacements internes ont atteint plus de 378 000 personnes, dont 58 % sont des femmes et des enfants, souvent privés de protection et d’accès à des soins adaptés, selon (United Nations Population Fund).
L’augmentation des violences est également liée à la fermeture de nombreux centres spécialisés et à la faible capacité des structures sanitaires à fournir des soins complets. En mai 2025, moins de 25 % des établissements de santé dans les zones affectées offraient des services complets de santé sexuelle et reproductive ou d’assistance aux survivantes de VBG, selon (United Nations Population Fund).
Tendances trimestrielles : légères baisses, mais situations toujours graves
Selon le mécanisme d’information sur les VBG (GBVIMS), 901 cas ont été recensés entre avril et juin 2025, marquant une baisse de 27 % par rapport au trimestre précédent. Cependant, ces données restent inquiétantes, car 97 % des survivantes sont des femmes et les violences physiques et psychologiques constituent plus de la moitié des cas documentés, suivies des violences sexuelles (20 %). Les chiffres révèlent aussi un fort taux de violences sexuelles envers les mineures : 63 % des viols concernent des filles de moins de 18 ans, soulignant la vulnérabilité des adolescentes dans ce contexte.
Facteurs structurels et obstacles à la réponse
L’analyse des données montre aussi que la prise en charge demeure largement insuffisante. Par exemple, 22 % des survivantes qui avaient besoin de soins médicaux ne les ont pas reçues et une proportion encore plus élevée n’a pas eu accès à un soutien juridique ou à une assistance sécuritaire, selon une analyse du Journal du Mali.
Un autre défi majeur reste le financement des programmes de lutte contre les VBG. Au milieu de 2025, l’UNFPA avait mobilisé seulement 3,4 millions de dollars sur les 16,5 millions de dollars requis pour son plan d’intervention humanitaire, soit une déficience de financement d’environ 80 %. Ce manque de ressources a déjà forcé la fermeture de centres spécialisés et réduit la disponibilité des ressources essentielles pour la prise en charge des survivantes, selon l’United Nations Population Fund.
Perspectives d’action et recommandations
Les données 2024-2025 montrent que les VBG au Mali sont intrinsèquement liées à la crise humanitaire globale : insécurité, déplacements, pauvreté et effondrement des services essentiels. Les acteurs humanitaires et les gouvernements locaux appellent à renforcer les systèmes de prévention et de protection communautaires, accroître le financement dédié à la prise en charge médicale, psychosociale et juridique des survivantes ; multiplier les centres de prise en charge intégrés (« one-stop centers ») et les espaces sûrs pour femmes et filles ; renforcer la collecte de données et la coordination intersectorielle.
La lutte contre les VBG au Mali nécessite une action concertée, durable et financée à la hauteur des besoins, sans quoi des milliers de femmes et de filles continueront de subir des violences souvent tues ou invisibles.
Aminata Sanogo
