Malgré plusieurs années d’efforts des autorités maliennes et des partenaires internationaux, l’éducation des filles au Mali reste marquée par de fortes inégalités, de sérieux défis d’accès et un taux de scolarisation encore insuffisant, selon les derniers rapports de l’UNICEF et des organisations internationales.
Des progrès, mais une scolarisation toujours insuffisante
Les données les plus récentes montrent une légère amélioration des indicateurs scolaires, mais un écart persistant entre filles et garçons. Le taux brut de scolarisation primaire est passé de 81,2 % en 2023 à 81,3 % en 2024, dont 78,5 % pour les filles, contre 81,3 % en moyenne nationale, selon le rapport annuel de 2023 de l’Unicef. Toujours selon cette source, au niveau du premier cycle et du secondaire, la scolarisation est passée de 49 % à 50,6 % en 2024, avec 50 % de filles.
Malgré ces progrès, seulement 67 % des filles achèvent le cycle primaire, contre une moyenne générale légèrement supérieure.
Ces chiffres montrent une amélioration lente, mais notable dans certains sous-indicateurs. Cependant, un grand nombre d’enfants reste exclu du système scolaire, en particulier dans les zones rurales et les régions affectées par l’insécurité.
Un décrochage scolaire marqué chez les filles
Les filles sont particulièrement vulnérables à l’abandon scolaire, pour plusieurs raisons sociales et économiques. Selon les données de l’UNICEF, environ 80,1 % des filles ne terminent pas l’enseignement secondaire, en grande partie, à cause de grossesses précoces, mariages précoces et violences sexistes liées à l’école. Ces chiffres illustrent un défi structurel : même lorsqu’elles accèdent à l’école, les filles ont un risque beaucoup plus élevé de décrochage que les garçons, en particulier à l’adolescence.
Des obstacles socioculturels persistants
Les causes profondes de ces inégalités dépassent la seule question de l’accès. L’UNICEF souligne que plus de 3,3 millions d’enfants d’âge scolaire au Mali ne sont pas scolarisés et que l’insécurité, la pauvreté, le travail des enfants, les mariages précoces ou les normes sociales continuent de freiner l’éducation des filles. Par ailleurs, l’apprentissage en langue française souvent différente de la langue maternelle des élèves, reste une barrière majeure à la rétention scolaire et à la réussite des filles.
Un marché du travail encore inégalitaire
Au-delà de l’éducation primaire et secondaire, les inégalités se prolongent dans l’enseignement supérieur et l’emploi. Selon l’institut d’études de sécurité (ISS Africa), pour chaque 100 garçon inscrit dans l’enseignement supérieur, seulement 53 filles y figurent, soit un déséquilibre majeur qui réduit les opportunités professionnelles futures pour les diplômées maliennes.
Initiatives et réactions institutionnelles
Conscientes de ces défis, les autorités maliennes et leurs partenaires internationaux travaillent à des politiques ciblées pour améliorer la scolarisation des filles. Des ateliers ont été organisés, visant notamment à actualiser et valider la politique nationale de scolarisation des filles (SCOFI), mise en place il y a plus de dix-huit ans, afin de répondre aux réalités contemporaines.
Selon l’UNICEF, l’éducation reste une pierre angulaire pour diminuer les inégalités et lutter contre la pauvreté, mais le financement durable, l’amélioration de la qualité des enseignants et des mesures antiviolences sont essentiels pour une transformation significative.
L’éducation des filles au Mali progresse, mais les obstacles économiques, socioculturels et sécuritaires continuent de freiner une véritable égalité des chances. Sans réponses ciblées et un engagement durable, l’écart entre garçons et filles risque de persister dans les années à venir.
Aminata Sanogo
