Au Mali, le mariage n’a jamais été un simple engagement entre deux individus. Il est avant tout, un pacte social, familial et culturel. Des cérémonies sobres d’hier aux célébrations fastueuses d’aujourd’hui, l’évolution des pratiques matrimoniales soulève une question essentielle : quel impact ces transformations ont-elles sur la vie de couple ?
Hier : le mariage comme affaire communautaire
Selon Baminata Sangaré, autrefois, le mariage reposait sur des valeurs de solidarité et de simplicité. Les cérémonies étaient modestes, souvent limitées à des rituels traditionnels et religieux. Les dépenses étaient partagées entre les familles et l’essentiel résidait dans l’union des lignées plutôt que dans l’apparat.
La vie de couple s’inscrivait alors dans un cadre communautaire. Les époux bénéficiaient de l’accompagnement des aînés qui jouaient un rôle de médiateurs en cas de conflits. La patience, le respect et la discrétion constituaient les piliers de la stabilité conjugale.
Pour Brama Berthé, contrairement à nos jours, même vers les années 1990, le mariage était facile, c’est-à-dire beaucoup d’hommes n’avaient pas peur des dépenses du mariage. Il précisera que même avec 500 000 F CFA, ils pouvaient s’en sortir. « Le plus difficile étaient l’achat des trousseaux pour le mariage religieux ainsi que le prix de condiments pour la belle famille et le tout se faisait en une seule journée. Mais, aujourd’hui, le mariage religieux coûte plus, car, il faut s’attendre à remplir des valises au lieu d’une seule », a-t-il ajouté.
Pour le rôle de belle-sœur choisi par la famille, les avis sont divers en ce temps de mariage par étape. Certains indiquent que c’est une vraie cascade. Car, en dehors de ces étapes, leur présence est nécessaire auprès de la mariée et cela demande une dépense de plus pour eux avec l’habillement, le maquillage, les déplacements. En plus, il y a l’accompagnement de la mariée pour le choix de ses habits, le salon, entre autres.
Aujourd’hui : entre modernité et pression sociale
De nos jours, la célébration du mariage a profondément changé. Les cérémonies s’étendent parfois sur plusieurs jours, avec des dépenses considérables : salles de fête luxueuses, tenues importées, prestations artistiques et diffusion sur les réseaux sociaux. Le mariage est devenu, pour certains, une vitrine sociale. Aussi, ces étapes à la vogue qui semblent plus importantes pour les jeunes couples de nos jours sont : l’enterrement de vie de jeune fille, la prise des photos « shooting », dîner, la mairie, le jour « J », entre autres. Cette évolution n’est pas sans conséquences sur la vie de couple. Les charges financières contractées avant même le début de la vie conjugale peuvent être sources de tensions. De nombreux jeunes couples commencent leur union sous le poids des dettes, ce qui fragilise l’équilibre familial.
Selon Moussa Koné, sociologue : « Très généralement, les cérémonies grandioses s’organisent avec des dépenses énormes dans le but de séduire et impressionner l’entourage de sa capacité financière. C’est se faire valoir aux yeux de tout le monde. Et, il n’y a pas meilleur endroit pour montrer, justement, ses richesses si ce n’est au cours des cérémonies. »
De l’avis M. K, mère de six enfants, la transformation des célébrations influence également les attentes au sein du couple. La recherche du paraître peut parfois éclipser la préparation psychologique et morale au mariage. Or, un mariage réussi ne se mesure pas à l’ampleur de la fête, mais à la capacité des conjoints à dialoguer, se soutenir et affronter ensemble les défis du quotidien.
Par ailleurs, la diminution du rôle des conseils familiaux et l’individualisme croissant laissent certains couples seuls face à leurs difficultés, augmentant les risques de conflits et de séparations, ajoute-t-elle. Bref, multiplication des cérémonies (coutumière, religieuse, civile, fêtes) ; dépenses élevées (tenues, salles, musique, décoration, vidéos).
Vers un retour à l’essentiel ?
Face à ces réalités, des voix s’élèvent pour appeler à un retour aux valeurs fondamentales du mariage : simplicité, responsabilité et respect mutuel. Des leaders religieux et coutumiers encouragent les familles à privilégier la stabilité du couple plutôt que la grandeur des cérémonies.
Pour une conseillère, toutes ces étapes avec ces dépenses exorbitantes ne sont pas très importantes pour la célébration d’un mariage, surtout ceux qui se forcent tout simplement à exécuter une modernisation qui n’est pas de nôtre.
A ses dires, pour éviter le déséquilibre entre traditions et modernité, inégalités sociales visibles lors des mariages, la perte progressive de certaines valeurs culturelles et les tensions entre générations (jeunes et anciens). Il faut revaloriser les pratiques traditionnelles de sobriété et de solidarité, de sensibiliser sur le sens profond du mariage, encourager les cérémonies adaptées aux moyens réels, renforcer l’éducation matrimoniale et la médiation familiale et promouvoir des modèles de mariages réussis et simples.
La plupart de nos interlocuteurs exigent que l’évolution des célébrations de mariage reflète les mutations de la société. Si la modernité apporte de nouvelles formes d’expression et de joie, elle impose aussi des défis majeurs à la vie de couple. Trouver l’équilibre entre tradition et modernité demeure aujourd’hui un enjeu crucial pour préserver la solidité des foyers maliens.
Adja
