Au Mali, les femmes représentent 49,7% de la population générale estimée à 22.395.489 habitants selon le 5èmeRecensement Général de la Population et de l’Habitat réalisé en 2022 par l’Institut national de la Statistique. Dans le pays, une femme a, en moyenne, 6,3 enfants à la fin de sa vie féconde selon la 6èmeEnquête Démographique et de Santé (EDSM VI 2018). Cependant, la prévalence contraceptive progresse mais lentement par rapport à la demande et aux besoins non satisfaits en Planification Familiale (PF). Selon les résultats des trois dernières EDSM réalisées, la tendance de l’utilisation de la planification familiale moderne chez les femmes de 15-49 ans en union est de 7% en 2006 ; 10% en 2012-2013 et 16% en 2018. En 2006, 31% des femmes en union avaient des besoins non satisfaits contre 24% en 2018.
Malgré les efforts immenses mis en œuvre par l’Etat et ses partenaires pour réduire la mortalité maternelle due aux grossesses non désirées, l’évolution du taux d’utilisation des méthodes modernes de planification familiale apparait faible et lente au Mali. Si plusieurs facteurs expliquent cette situation, l’information et la sensibilisation mises en place, démontrent des faiblesses qui empêchent pratiquement l’adoption accélérée des méthodes modernes de planification familiales.
Faible adhésion des leaders religieux et traditionnels
Mme Sané N’Diaye, Spécialiste en Santé de la Reproduction souligne que « le Mali est loin derrière le Sénégal, la Côte d’ivoire et le Burkina Faso. Cette situation est due à l’influence négative de la religion. La faible adhésion des leaders religieux et d’opinions en matière de PF pose un grand problème ».
« Les points faibles de la sensibilisation pour la planification familiale sont tout simplement liés à la manière de communiquer et de sensibiliser les populations. La communication moderne est importante mais elle a ses limites. Lorsqu’il s’agit d’un changement de comportement dans un pays de culture comme le Mali, il faut choisir les leaders traditionnels et religieux auxquels la population fait plus confiance » affirme M. Oumar Korkosse, Secrétaire à l’information et à la communication au Réseau des Communicateurs Traditionnels (RECOTRADE).
Mme Diakité Awa Maïga est sage-femme au Centre de Santé Communautaire de Niamakoro, un quartier populaire de Bamako. Elle assure que le manque d’implication des leaders religieux et la façon de sensibiliser constituent de grandes failles contre l’augmentation rapide du taux de contraception moderne au Mali.
Limites des médias d’information traditionnels et le poids des langues locales
Dr Coulibaly, médecin Chef au Centre de Santé de Niamakoro, explique que « la distance de certaines localités affecte l’information et la sensibilisation. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore des zones qui n’ont ni accès à la télévision, ni à la radio et n’ont même pas de centre de santé ».
Boubacar Diarra, Président national du réseau des Jeunes Ambassadeurs pour la Santé de la Reproduction et la Planification Familiale au Mali constate que « les langues de communication sont diverses et variées. Quand on est en face de quelqu’un qui parle le même langage que vous, on arrive à facilement convaincre la personne. C’est pourquoi les jeunes doivent être formés en PF dans toutes les langues du pays et ensuite être envoyés vers la population ».
Pour la Sage-femme du Centre de Santé Communautaire de Niamakoro, « la grande partie des sensibilisations est réalisée à travers la radio et la télévision. Pourtant ces médias ne couvrent pas tout le pays. Il faut que des jeunes et femmes de chaque localité soient formés dans la langue de leur milieu. Ainsi, ils et elles transmettront les messages à leurs frères et sœurs dans la langue maitrisée. Cela sera plus pénétrable que les moyens que nous utilisons actuellement » propose-t-elle.
Faiblesse des capacités financières et humaines
L’exposition des femmes et des hommes aux messages sur la planification familiale reste faible. Selon l’EDSM 2018, au cours de quelques mois ayant précédé l’enquête, 60 % des femmes et 61 % des hommes de 15-49 ans n’étaient exposés à aucun message sur la planification familiale ni à la radio, ni à la télévision, ni dans les journaux/magazines ni à travers le téléphone portable. Par contre, 32 % des femmes et 29 % des hommes ont entendu un message sur la planification familiale à la radio.
Selon Mariétou Konaté, Journaliste formée en Santé de Reproduction et membre du Réseau des médias Africains pour la promotion de la Santé et de l’environnement au Mali ( REMAPSEN-Mali), « le manque de ressources financières pour des campagnes de sensibilisation efficaces contre les barrières socioculturelles et religieuses limitant les discussions ouvertes sur la sexualité et la PF ; la faible implication des hommes dans la prise de décision en matière de PF sont entre autres des failles liées à la sensibilisation et communication en faveur de la Planification familiale ».
Mme Diakité Awa Maïga, Sage-femme au Centre de Santé Communautaire de Niamakoro, souligne qu’elles sont huit (8) sages femmes formées en PF. Pour elle, cela semble peu pour atteindre plus de femmes et d’hommes, les sensibiliser et les accompagner.
Pour Dr Coulibaly, médecin Chef au Centre de Santé de Niamakoro, il faut former les sage femmes et gynécologues afin de les envoyer dans les zones reculées, non couvertes par la radio et la télévision, pour mieux toucher et sensibiliser les familles.
Le poids de l’analphabétisme et la qualité des messages
Le niveau d’instruction au sein de la population affecte le taux d’utilisation des méthodes modernes de planification familiale. L’EDSM 2012 indiquait que le taux d’utilisation de la PF variait de 7,8% chez les femmes sans instruction à 12,9 % chez les femmes qui ont un niveau primaire et à 26,5 % chez celles qui ont le niveau d’études secondaires ou plus.
Taba Guindo a 25 ans, ménagère et déplacée interne de la zone de Koro, une localité du centre au Mali. Elle témoigne, « je n’ai pas été à l’école et je n’ai jamais fait de planification familiale. Certes, j’ai entendu parler de la PF mais je n’ai jamais eu d’information fiable. Je ne me suis donc pas intéressée à la PF, en plus mon mari est maitre coranique et nous sommes convaincu que faire beaucoup d’enfants est mieux pour la lignée et l’islam ».
Drissa Diarra a 45 ans et est enseignant. Il croit à la PF, « je suis marié et père de 4 enfants après 18 ans de mariage. Avec ma femme, nous avons adopté la planification familiale. J’ai été informé à travers la radio et la télévision et je me suis rendu au centre de santé avec mon épouse pour la suite. Je pense que les gens n’adoptent pas la planification familiale parce qu’ils ne sont pas assez sensibilisés sur les avantages de cette pratique. Aujourd’hui, je pense que pour mieux toucher les gens, l’information doit se déplacer vers les personnes. C’est-à-dire au-delà des radios et télé, les gens doivent être formés et envoyés dans les quatre coins du pays car la face à face est mieux convaincante ».
Sétou, une ménagère qui a 15 ans de mariage, elle est à sa 9ème maternité, elle affirme : « je n’utilise pas de contraception car je ne crois pas trop à ces méthodes. J’ai aussi entendu de mauvais échos par rapport à la chose. Par exemple, j’ai une voisine qui utilisait la méthode de la piqûre et quand elle faisait cela, elle pouvait faire des mois sans voir ses menstrues et cela lui causait de maux de ventre intenses, jusqu’à ce qu’elle a fini par faire d’autres traitements. Moi, je pense que quand Dieu donne un enfant, il nous aide à le nourrir », finit-elle par dire avec sourire.
De nouveaux engagements par l’Etat
De nos jours, l’objectif des dirigeants maliens sur la planification familiale (Family Planning) 2030, est de faire du Mali un pays où les besoins en PF des femmes, des adolescent (es) et jeunes y compris les couches vulnérables, sont pris en charge avec un accès à l’information et une offre de services abordables et de qualité sur toute la gamme de méthodes de contraception moderne, dans le respect des droits humains et de la recevabilité du programme PF.
En plus, l’Etat a pris des engagements comme intégrer la SR/PF dans toutes les politiques et cadres stratégiques du domaine « Population et développement » au Mali ; revoir à la hausse le TPCm de 17% à 40% à l’horizon 2030(Track 20 ; 2020). L’Etat veut aussi réduire les besoins non satisfaits en matière de SSR/PF chez les adolescents et les jeunes de 20% pour les jeunes de 15 à 19 ans ; 22% pour les 20-24 ans ; de 13% pour les 15-19 ans et 15% pour les 20-24 ans en 2025. Il vise aussi à garantir l’accès à tous aux produits contraceptifs y compris en situation de crise d’ici à 2030 ; assurer la continuité des services de SR/PF et de SRAJ en situation d’urgence. Enfin, l’Etat malien s’est engagé à financer annuellement au moins 20% des besoins d’achats en produits contraceptifs sur le budget de l’Etat jusqu’en 2025.
Aminata Sanogo
