Au Mali, l’infertilité fait partie des principaux malheurs qui peuvent arriver à un couple. Par infertilité, il s’agit de l’impossibilité pour un couple de concevoir un enfant au bout d’une année de vie commune avec des rapports sexuels normaux et réguliers sans contraception. Ses causes sont multiples et variées, même si dans la société malienne, ce sont les femmes qui sont mises en cause en premier. Elles sont frustrées, malheureuses et manquent d’épanouissement au sein de la société par ce fardeau.
Des victimes et spécialistes se confient
« Je remets ma situation à Dieu et je l’implore de me donner un enfant », dit Youma, la trentaine, mariée il y a plus de quatre ans. Regard vide, soucieuse, la jeune dame estime subir tous les mots qu’on ne doit pas entendre de la part de sa belle-famille et parfois même de certains membres de sa propre famille. Seulement, où se situe le problème se demande -t-elle après avoir fait des examens médicaux seule ?
Quant à Oumou, ménagère, elle est en couple à peine une année et demie et ne subit aucune pression mais, se pose de multiples questions sur sa non conception. Ainsi, maintes fois, elle sollicite son conjoint à faire des consultations, sans succès. Pour elle, s’il y a un problème d’infertilité et qui est détecté tôt, il serait facile de trouver solution. Mais hélas, se désole-t-elle.
Infertilité motif fréquent de consultation en gynécologie
Le Pr Amadou Bocoum, maître de conférence agréé en gynécologie obstétricale et praticien au CHU Gabriel Touré est formel : « L’infertilité est un motif fréquent en consultation gynécologique. Ses causes peuvent être féminines, masculines ou mixtes. C’est à la suite d’examens gynécologique et d’examens complémentaires que l’on pourra situer la cause réelle du problème et voir qu’est-ce qu’il y a comme remède », dit-il avant d’expliquer la notion d’infertilité. Pour lui : « Un couple est dit infertile lorsque dans ce couple, une grossesse ne survient pas au bout d’une année de vie commune avec des rapports sexuels normaux et réguliers sans contraception. Mais, dans le couple si la femme a plus de 36 ans, on parle d’infertilité après 6 mois », dit-il. Et de poursuivre avec les causes qui sont multiples et variées. De ses explications : « Les causes d’infertilité peuvent être masculines, féminines ou entre les deux (ordre relationnel ou d’incompatibilité), on parle de causes indéterminées. Parmi, les causes masculines, ce sont surtout les anomalies avec les spermatozoïdes (quantité, forme ou mobilité). S’agissant des causes féminines, elles ont rapport avec les ovaires, les trompes, l’utérus de l’utérus entre autres. A ces causes, il faut ajouter les cas génétiques (incompatibilité entre les couples à suite d’examens plus approfondie) », dit-il. Et de d’évoquer la pression que subit le couple dans notre société où l’accent est mis sur la natalité.
Une société pro-nataliste où la femme subit le regard
Dans un couple où, il n’y pas d’enfants, on observe des disputes et ça peut même aller jusqu’au divorce.
Dr Fodié Tandjigora, Professeur d’université en dit long : « L’infertilité dans un couple est une situation récurrente que l’on constate. Ça fait partie des principaux malheurs qui peuvent arriver à un couple. Sur le plan traditionnel et culturel, l’infertilité est associée à la femme. Donc, les femmes sont seules dans un premier temps, à subir le regard de la société. Parfois, même si elle tape l’enfant de la voisine, on lui dit qu’elle n’a pas d’enfants. Il faut comprendre que la société est beaucoup plus regardant par rapport à une femme qui n’a pas d’enfants qu’envers son mari. Ce qui fait que souvent, l’infertilité est source de malheurs, de frustration et de manque d’épanouissement », a-t-il expliqué. Et de démontrer en quoi les femmes sont toujours indexées. Dr Fodié dira que c’est parce que c’est la femme qui enfante, quelle que soit la bonne volonté de l’homme, celui-ci ne va pas accoucher. Donc traditionnellement, les regards sont tournés vers le rôle physiologique de la femme. On n’associe pas des formes de pathologie qui peuvent frapper son conjoint. Et ce n’est qu’avec le progrès de la médecine et des sensibilisations que l’on commence à faire des analyses ensemble (l’homme et la femme), sinon c’était la femme seule qui était ramenée pour être soigné, que ce soit sur le plan traditionnel ou médicinal. Car, généralement l’homme dit : « Moi, je n’ai rien… ». Des propos réconfortés par Nimetigna SISSOKO, secrétaire général du Mouvement pour l’émancipation des jeunes (MEJ) qui soutient : « Les femmes sont souvent mises en cause en cas d’infertilité en raison des stéréotypes sociaux et des normes patriarcales qui associent la capacité à procréer principalement aux femmes. Cela peut créer un environnement où les femmes se sentent responsables de l’infertilité du couple, ce qui peut être injuste et préjudiciable pour leur bien-être émotionnel ». Toutefois afin de faire face : «Le couple a besoin de communication ouverte, de soutien mutuel et parfois d’une aide professionnelle comme le conseil en fertilité ou la thérapie conjugale », a-t-il suggéré.
Des bienfaits de la communication en santé de la reproduction
Avec les progrès en planification familiale et les informations sur la santé de la reproduction, les spots, de sensibilisation entre autres, Dr Fodié, Professeur d’Université voit beaucoup de compréhension et les médias y sont pour grande chose. Ainsi, pour mieux gérer le problème d’infertilité : « Les couples doivent accepter la réalité. Ne pas avoir d’enfant n’est pas une fin en soi. Des couples peuvent adopter autour du réseau parental. Après tout, il faut être à l’aise, puis affronter le regard de la société. Faute de quoi, si la question d’infertilité est un peu gérable dans un couple monogamique, elle est très compliquée s’agissant d’un foyer polygame, selon que telle ou telle femme a des enfants ou non », a-t-il conclu.
Pour sa part, le Pr Amadou Bocoum, maître de conférence agréé en gynécologie obstétricale et praticien au CHU Gabriel Touré, a conseillé aux couples de garder le secret. L’un ou l’autre ne doit se confier. Tout ce que l’on dit, le couple doit rester positif en estimant que ça va venir.
Alimatou Djénépo
