Pendant un moment, nous avions cru que ce phénomène de mendicité avait tendance à disparaitre, mais ces derniers temps, il faut reconnaitre que les mendiants ont recommencé à envahir la circulation surtout à Bamako et certaines grandes villes. Les usagers de la circulation routière notamment sur les grandes artères ont du mal à circuler à leur aise, ce qui leur rend la vie difficile. Pour en savoir davantage, nous avons approché certains usagers des routes de Bamako afin de recueillir leurs impressions.
Modibo Coulibaly, Commerçant : « Vraiment, le nombre de mendiants augmente de nos jours, mais cela est en grande partie dû à la situation socio-sécuritaire de notre pays. Avec la guerre, les habitants de beaucoup de zones se sont retrouvés à Bamako. Or, ici ils n’ont pas de travail, mais doivent se nourrir. Donc, la plupart d’entre eux envoient leurs enfants quémander et même certaines mères sortent avec leurs enfants pour trouver de quoi manger. Quand même la grande partie de ceux qui fréquentent le grand marché sont ces gens. Mais, le hic est que ces enfants peuvent devenir banalement des voleurs. Quand ils passent dans les boutiques pour quémander, une petite inattention du boutiquier seulement et ils piquent certains articles comme les téléphones ou autres marchandises disponibles. Ce qui est très grave comme conséquence de la mendicité. La seule chose qui pourrait remédier à cette situation est que les autorités mettent des projets en place pour ces personnes déplacées ainsi que leurs familles et qu’ils aident les maîtres coraniques à mettre les enfants en sécurité… »
El Hadj Badoulaye Diarra, maître coranique : « Le problème de mendiants de nos jours, n’est plus seulement les élèves coraniques, il y a plus de personnes âgées et handicapées dans la circulation que d’élèves coraniques. En plus, même les enfants qui sont souvent dans la rue pour quémander, n’appartiennent pas souvent à un maitre, certains passent tout leur temps sous les ponts et autres lieux publiques et dès qu’ils ont faim, ils sortent dans la circulation. Cette situation expose beaucoup les enfants, il y a les accidents, il y a les viols etc…mais comme tenue des réalités du Mali, cela ne sera pas facile de remédier à cette situation…Quand même j’appelle les maitres coraniques à prendre seulement les enfants qu’ils pourront gérer et prendre en charge, ces enfants ne nous sommes pas donner pour être des marchandises, mais pour qu’on leurs apprennent le saint coran, donc nous n’avons aucun droit de les envoyer dans les rues… »
Maria Wetta Dakouo, usager motocycliste : « Ce qui m’énerve le plus, c’est que si vous ne faites pas attention au niveau des ronds-points et carrefours, ces mendiants vous feront tomber de votre moto, tellement qu’ils sont nombreux. Devant les feux, ils viennent vous coller partout. Le hic est que le cas des mères de jumeaux est encore plus grave que les enfants mendiants, car si un passant essaie de donner quelque chose à l’une d’entre elles, c’est toute une huée qui viendra l’encercler au risque de le faire tomber. La seule solution est que les autorités interdisent les promenades des jumeaux ou l’occupation des abords des voies bitumées… »
Bah, un vieux mendiant derrière l’ex-primature de Bamako : « Ce n’est pas par plaisir que nous venons nous installer dans la rue, mais si nous n’avons rien n’à manger à la maison, que faire ? Sinon, il ne se passe pas un jour ici sans qu’un enfant ne soit heurté par une moto ou une voiture. Nous demandons aux autorités de nous aider à sortir de cette situation. Chacun de nous a besoin d’aide. »
Mme Dissa Minata Coulibaly, usagère de la circulation en voiture : « Quand je m’arrête à un feu, net je monte mes vitres, ce n’est pas par méchanceté, mais parce que je me dis qu’en donnant dans la circulation, c’est motiver ces enfants et autres mendiants à rester dans la rue et cela a des risques pour nous les usagers et pour les mendiants eux-mêmes. En plus, beaucoup d’entre eux finissent par devenir voleurs et bandits de grands chemins. Ce qui n’est pas du tout bien pour la société. En tout cas, les autorités doivent doubler d’effort. Certes, elles ont déjà beaucoup fait avec l’ouverture de centres d’accueil pour ces mendiants, mais il va falloir qu’ils fassent des suivis dignes de ce nom et qu’on leur interdise les rues ainsi que les grandes artères pour le bien-être de tous… »
Seny, un jeune mendiant qui était un talibé avant, mais actuellement qui vit à son propre compte. Ce jeune garçon de 15 ans passe ses journées dans la rue et ses nuits sous les ponts ou sous des monuments dans la capitale. Il nous dit : « Depuis à l’âge de 10 ans, mes parents m’ont envoyé à Mopti pour apprendre le coran. J’ai fait presqu’une année là-bas et quand j’ai eu l’occasion, j’ai fui à Bamako et depuis, je vis de la mendicité. Ce n’est pas parce que j’aime cela, mais c’est ma situation qui me pousse dedans. Je suis conscient que vivre dans la rue est dangereux, car je le vis chaque jour : des agressions, des violences pour ne citer que cela. »
Rappelons que la mendicité est punie par le code pénal au Mali, dans ses articles 183 et 184. Elle a été reprise dans la loi du 12 juillet 2012-023 et promulguée par les autorités de la transition.
A un moment, le ministère de la solidarité et de l’action humanitaire et de la reconstruction du nord a décidé d’appliquer la loi interdisant la mendicité et l’incitation à la mendicité, particulièrement sur les grandes artères de la capitale malienne.
M. Gaoussou Traoré, secrétaire général de la coalition malienne des droits de l’enfant (Comade), a confié que la loi qui punit la mendicité figure dans le droit pénal de notre pays et un décret d’application a été pris dans ce sens. Toutefois, il dira que cette loi n’a pas fait l’objet de large diffusion. « Il ne s’agit pas de lutter contre les mendiants, mais la pratique dégradante de la mendicité. Il faut que les gens reviennent dans les quartiers conformément à nos valeurs de solidarité traditionnelle », a-t-il souligné. Concernant l’implication des acteurs concernés, il dira que les leaders religieux ont été impliqués. Selon lui, cette lutte ne peut pas aller sans la répression, mais on privilégie d’abord la sensibilisation et l’information en tenant compte de nos valeurs sociétales. Pour finir, il a invité la population à ne plus encourager cette pratique sur les voies publiques.
Aminata Sanogo
