Au Mali, les aide-ménagères communément appelées « bonnes » sont presque dans toutes les familles. Leur rôle n’est pas à négliger pour diverses raisons. A ce titre, elles ont droit à des prérogatives comme tout être humain doté du sens de discernement dont celui de disposer d’un téléphone portable en vue d’être accessibles par leurs proches. Seulement, pour mieux se consacrer à l’essentiel, une sensibilisation à cet outil aussi utile que dangereux, incombe aux employeurs (patrons et patronnes) notamment pour l’éducation de leurs propres progénitures. C’est du moins, les enseignements livrés par des personnes interrogées (aide-ménagères, journaliste, sociologue, employeurs et des chefs de famille).
Dans une famille à Faladiè, Aïssata travaille au domicile d’un couple de travailleurs. Pour des besoins connexes, sa patronne lui a acheté un téléphone portable, le premier qu’elle possède, dit-elle. Et de poursuivre : « En recevant ce téléphone, j’ai été sensibilisée sur son usage. A savoir, ne pas me divertir pendant mes heures de travail et surtout faire attention aux images malsaines ».
Quant à Fatoumata, aide-ménagère, fiancée, elle avoue avoir amené son portable du village, un cadeau de son fiancé. Et avec le code Wifi de la famille, elle profite des moments qui lui font oublier la nostalgie du village. A lui demander les applications qu’elle consulte constamment, sa réponse est claire : « Tik-tok, YouTube, Facebook » pour la diversité des vidéos diffusées. Quoi de plus normal, si des enseignements de mise en garde, de protection, voire de contrôle y sont conférés. Mais hélas, dit-elle, se priver de tout regarder simplement. Alors comment s’y prendre avec elles ?
Nécessité de la sensibilisation
En qualité de mère de famille, Mme FATIM DEMBELE, journaliste communicatrice à l’ORTM est formelle : « L’usage du téléphone portable par les aide-ménagères est un couteau à double tranchant. Il y a le côté positif et négatif. Positif, en ce sens qu’en ayant accès à ces outils, on peut facilement avoir les nouvelles de la famille étant au service, elles peuvent aussi être jointes par leurs proches vice versa. Le téléphone devient négatif lorsqu’elles en deviennent accros ou reçoivent des appels à tout moment ou manipulent tout le temps en oubliant l’essentiel. En outre, voyant que la plupart d’entre elles ne maîtrisent pas l’outil en question, il faut les informer, sensibiliser comme on le fait avec nos propres enfants en leur expliquant les dangers qu’elles peuvent encourir surtout avec la loi sur la cybercriminalité et la protection des données à caractère personnel qui peuvent les conduire en prison ou les faire payer des amendes », a-t-elle expliqué.
Oumar Traoré, chef de famille affirme : « Quand une aide-ménagère vient en ville avec son téléphone portable, cela doit trouver que les parents du village ou les familles d’accueil ont essayé de faire le préalable. C’est-à-dire expliquer en quoi l’outil peut lui être utile sur son lieu de travail, l’impact des images malsaines pour sa propre personne, entre autres. Alors, une fois sur son lieu de travail, des patronnes doivent de temps en temps surveiller l’usage qu’elles en font pour le bien-être de tous. Et cela passe nécessairement par des échanges », a t-il suggéré.
A ces enseignements, le Pr Brema Ely Dicko détaille : « Que ce soit les aide-ménagères qui viennent avec leurs téléphones ou qu’on leur achète, il faut réglementer comme on le fait avec nos enfants. Par exemple, si les enfants vont à l’école, ils peuvent utiliser la connexion Wifi pour avoir les réponses à leurs questions, s’informer, être en contact avec leurs encadreurs pour des cours de soutien ou être en contact avec leurs camarades sur des forums d’échanges. Sur ce plan, on est censé veiller à leur temps d’écran pour ne pas user de la qualité de leur sommeil. Autrement dit, les empêcher de dormir en classe. Idem, lorsqu’on donne la même liberté d’usage à nos aide- ménagères pour se distraire ou être en contact avec leurs proches. Seulement, il faut veiller aux temps qu’elles occupent surtout la nuit afin qu’elles puissent mieux s’occuper des tâches pour lesquelles elles ont été recrutées. Tout cela est possible grâce aux échanges surtout au moment du recrutement où les patronnes doivent fixer les limites accordées aux aide-ménagères, leurs droits ou pas. Par la même occasion, elles peuvent mettre des garde-fous à l’usage des téléphones portables si elles en disposent. Une fois situées, celles-ci peuvent ou ne pas accepter ce contrat verbal en faisant le distinguo entre le temps de travail et la jouissance de leurs téléphones », a-t-il laissé entendre. Et de révéler les conséquences de l’usage abusif du téléphone portable pour toute personne, notamment les patronnes et chefs de famille qui oublient tout au profit de ces appareils. Pour lui, au même titre que les aide-ménagères, cet état de fait peut occasionner des dégâts tels que les feux domestiques, le manque de sommeil, de vigilance ou de soins apportés aux enfants, entre autres.
A ces interventions, enseignements, il faut noter que si les uns et les autres essayent de mettre un peu du sien dans la gestion de ces outils (téléphones portables), les profits ne seront que bénéfiques pour tous.
Alimatou Djénépo
