Photo d’illustration
Faladié, un quartier de la commune VI du district de Bamako, abrite des centaines de familles ayant fui les conflits au centre et nord du Mali. Les conditions de vie sont difficiles sur le site d’accueil de ces personnes déplacées internes : les installations sont sommaires, l’accès à l’eau potable et aux soins de santé est limité, et la nourriture est souvent rare. Dans cette situation de souffrance, la malnutrition des enfants est un problème majeur, aggravé par des rumeurs malsaines qui font que des mères d’enfants détectés malnutris ne suivent pas correctement les traitements contre la malnutrition conduisant souvent à des décès.
Dr Alou Sy, Point focal des déplacés de Faladié, Chargé nutrition sur le site de Faladié et membre de l’Association de Santé Communautaire de Faladié (ASACOFA) explique : « les rumeurs sont des choses qui rendent notre travail difficile. Mais actuellement avec les sensibilisations et beaucoup d’efforts, les mamans et même les pères prennent conscience du défi qui est la malnutrition. Avant de prendre des décisions, ils passent au centre ou voient les agents sur le terrain. Chose, qui de nos jours, facilite notre travail. Pour la prise en charge des enfants malnutris, il y a des mesures sur lesquelles il faut se baser comme des mesures anthropométriques qui se font techniquement. Ce sont des mesures de proportion morphologique du corps humain à travers la taille et le poids. A travers cela, directement on peut découvrir si l’enfant est malnutri ».
Halidoun Aliou, Infirmier d’Etat et Agent de l’ONG ALIMA sur le site de Faladié : « grâce au programme d’ALIMA et de son partenaire Alliance Médicale Contre le Paludisme – Santé Population (AMCP-SP), les rumeurs sur la malnutrition sur le site de Faladié est en train de disparaître ; presque toutes les mamans sur le site ont reçu des formations ».
Bathi Diallo est mère d’ancien enfant malnutri. Elle témoigne, « quand je suis venue ici en 2020, mon enfant de 2 ans était atteint de malnutrition aiguë. Mes voisines m’ont fait tellement peur, j’ai cru que j’allais perdre mon enfant. Quand l’ONG a pris en charge mon enfant, il y a eu une amélioration, mais là encore, elles ont commencé à dire que ces produits ne sont pas faits pour les enfants ; mine de rien, j’ai continué à aller prendre les médicaments et les produits au CSRéf de Sogoniko. Dieu merci, mon enfant a aujourd’hui 6 ans. Il va même à l’école ».
Les solutions de l’ONG ALIMA sur le site
L’ONG ALIMA et son partenaire AMCP-SP interviennent dans différents camps de déplacés internes à Bamako depuis novembre 2022. Les équipes renforcent les structures de santé en expertise, en ressources humaines et forment les soignants nationaux et des mamans pour améliorer la qualité des soins sur le long terme, en particulier pour le traitement de la malnutrition aiguë, du paludisme, mais aussi des violences basées sur le genre.
« L’action d’ALIMA et de l’AMCP-SP a un réel impact sur la vie des habitants du site. Les mamans formées à la détection de la malnutrition deviennent des « mamans lumières ». Elles forment à leur tour les autres mamans et sensibilisent à la connaissance des symptômes de la malnutrition. Chose qui a beaucoup lutté contre les rumeurs sur la malnutrition et ces traitements », explique Halidoun Aliou.
Hamma Diallo, Responsable du site de Faladié : « beaucoup d’ONG interviennent sur le site pour aider les familles à lutter contre la malnutrition. De nos jours, les habitants de ce site sont conscients des dangers de la malnutrition. Beaucoup savent comment la détecter et où se rendre en cas de besoin. Aussi, les agents en charge de la malnutrition sur ce site, au Centre de l’Association de santé communautaire de Faladié et au CSRéf de Sogoniko font beaucoup d’efforts pour sensibiliser les mamans et les papas sur la détection et pour le bon traitement de la malnutrition. Avec ces efforts, beaucoup de rumeurs n’ont plus leur place dans ma communauté ».
A la section de l’Unité de récupération et d’éducation nutritionnelle intensive (URENI) du CSRéf de Sogoniko, les agents de santé ne nient pas l’impact des rumeurs sur la malnutrition des enfants sur les sites des déplacés internes, mais ils rappellent que la situation est complexe et qu’ils travaillent activement à la lutte contre les rumeurs et fausses informations. « Une fois arrivé au CSRéf, il n’y a plus de place aux rumeurs, car cela trouve que la situation est inquiétante, donc tout ce qu’on dit aux parents, ils exécutent à la lettre », concluent-ils.
Aminata Sanogo
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.
