Ces derniers temps, nous assistons à une émission appelée ‘’Tchiza et fière’’ sur l’un des web Tv de la place. Le concept « tchiza » signifie copine, maîtresse ou petite amie dans notre société moderne. En effet, dans un contexte malien où les valeurs familiales, le respect du mariage et la cohésion sociale occupent une place centrale, la banalisation, voire la glorification de relations extraconjugales à travers ce type de programme, suscite indignation et incompréhension. Pour de nombreux observateurs, il ne s’agit pas simplement de divertissement, mais d’un contenu qui influence négativement les jeunes générations.
« Ce n’est pas notre culture », tranche Awa Traoré, vendeuse au marché. Et d’ajouter : « On peut parler de tout, mais pas encourager ce qui détruit les foyers. Être tchiza et en être fière, ce n’est pas un exemple pour nos filles. Chez nous, le mariage est sacré. »
Du côté des jeunes, les avis sont partagés, Moussa Keïta, étudiant à l’Université de Bamako, nuance : « On ne peut pas empêcher les gens de s’exprimer. Mais il faut reconnaître que la manière dont cela est présenté, peut influencer. Certains prennent ça comme un modèle, alors que ce n’est pas forcément la réalité qu’on doit promouvoir. »
Les spécialistes des questions sociales s’inquiètent également de l’impact d’un tel contenu. Selon le sociologue Dr. Issa Diarra :« Ce type d’émission reflète une mutation sociale, mais aussi un choc entre modernité et valeurs traditionnelles. Le problème n’est pas seulement l’abondance de ces relations, qui ont toujours existé de manière cachée, mais leur banalisation publique et leur valorisation. »
Dans les familles, l’inquiétude est palpable. Mariam Coulibaly, mère de quatre enfants confie :« Nos enfants regardent ces choses sur leurs téléphones. Après, ils viennent poser des questions difficiles. Comment leur expliquer que ce n’est pas bien, alors que c’est montré comme quelque chose de normal ? »
Même certains professionnels de médias appellent à plus de responsabilité. Un animateur radio ayant requis l’anonymat explique :« La liberté d’expression est importante, mais elle doit aller avec une éthique. On ne peut pas tout faire au nom du buzz ou de l’audience. »
Par ailleurs, du côté des défenseurs des droits des femmes, le débat est plus nuancé. Fatoumata Sangaré, militante associative, souligne : « Il ne faut pas seulement condamner les femmes appelées “tchiza”. Il faut aussi interroger les comportements des hommes mariés. La responsabilité est partagée. Mais glorifier ce rôle ne contribue pas à faire avancer la dignité féminine. »
Face à la polémique grandissante, plusieurs voix appellent à une régulation plus stricte des contenus diffusés sur les plateformes numériques, tout en encourageant la production d’émissions éducatives et constructives.
En définitive, cette controverse révèle une réalité bien malienne : une société en pleine évolution, tiraillée entre ses valeurs traditionnelles et les influences modernes des réseaux sociaux et des médias numériques.
Aminata Sanogo
