Au Mali, le cancer du col de l’utérus est un problème de santé publique. C’est le 2ème cancer féminin dans notre pays et la première cause de mortalité chez les femmes de 40 à 50 ans. Chaque année, de nouveaux cas sont diagnostiqués et plusieurs femmes en décèdent. C’est face à cette situation alarmante que les autorités sanitaires du pays ont introduit la vaccination HPV en novembre 2024. Une année plus tard, des efforts restent contrés par des rumeurs, des fausses informations en tout genre qui sapent le bon déroulement de la vaccination.
Que faut-il faire ?
Au Mali, pour prévenir le cancer du col de l’utérus chez les filles de 10 ans, les autorités sanitaires, à travers le ministre de la santé et du développement social, Colonel Assa Badiallo Touré, ont introduit la vaccination HPV en novembre dernier. Elle avait pour but de toucher environ 267 942 filles sur le territoire national pour un coût opérationnel de 780 050 dollars. Seulement, comme toute vaccination, celle-ci connaît sa dose de désinformation et de fausses rumeurs contre les quelles le corps médical, des spécialistes en charge de la vaccination sur le territoire national, se dressent.
Des rumeurs de trop
Dans des confidences, ils sont nombreux parents dont des femmes à évoquer, entre autres, « Pourquoi la vaccination ne concerne que les filles de 10 ans ? », « C’est pour rendre stériles les filles », « les autorités sanitaires ont pris de l’argent » ; « comment vont-ils nous tester leurs inventions ? »
Tant de propos qui retiennent Astan Barri qui va plus loin en se demandant quels peuvent être les effets secondaires de ce vaccin : « Je n’ai pas assez d’informations et je me réserve », dit-elle avant d’amener sa fille de 10 ans.
Des perceptions qui rendent difficile l’adhésion de la population.
Au centre de santé de Dravéla appelé chez Antoine, des chargés PEV assurent la disponibilité des vaccins HPV. Autrement dit, le gardasil quadrivalent monodose très efficace pour empêcher les infections dues aux HPV (papillomavirus humain), seulement, la population reste encore un peu réticente au vu des rumeurs qu’elle propage.
Astan Sakiliba, chargée de PEV explique : « les vaccins HPV sont disponibles chaque jour. Ils sont là au même titre que les vaccins de routine. Les rumeurs sur l’infertilité et autres sont de nature à décourager. Il faut savoir que les autorités sanitaires ont investi dans ces vaccins dont l’objectif est de prévenir contre une maladie dangereuse. Nous soumettons nos enfants au même titre, on sensibilise la population lors de nos causeries débat », a-t-elle déclaré.
Mieux, N’Fa Sissoko, chargé de programme sollicite la population à venir à la source, à se déplacer, à se rendre dans des structures sanitaires pour s’informer, que ce soit pour les questions de vaccination ou tout autre.
A ces témoignages, que doit-on réellement retenir de la vaccination HPV ?
Au centre national d’immunisation du Mali, Dr Mamadou Diarra, assistant médical, point focal Octobre Rose du CNI, une structure rattachée à la direction nationale de la santé, qui s’occupe de la question de mise en œuvre du programme élargi de la vaccination, livre d’amples informations sur le vaccin HPV dont il estime sûr et efficace.
A cet effet, il explique : « Le cancer du col de l’utérus est causé par une infection persistante par des souches du virus du papilloma humain dont le HPV 16 et HPV 18 ». Et de poursuivre avec les bienfaits de la prévention préliminaire qui est la vaccination HPV des filles de 10 ans. Pour lui, ce qu’il faut retenir, c’est que dans le temps, de 2015 à 2018, deux districts sanitaires, commune V du district de Bamako et de Fana ont été choisis pour effectuer le projet de démonstration. Des résultats encourageants ont permis de mettre à ce jour, la vaccination HPV à l’échelle nationale. Ainsi, pour en arriver à ce stade, ce vaccin comme pour tout autre, Dr Diarra met l’accent sur toute une démarche réunissant des acteurs, experts en santé et des partenaires techniques. Pour ce vaccin-ci qui cible les filles de 10 ans uniquement, il en était de même où des réflexions sont en cours dans l’élargissement de la cible à la tranche d’âge de 9 à 14 ans, atteste-t-il tout en dévoilant le plan de communication qui accompagnent ce programme de vaccination tenant compte l’implication d’une grande couche de la population, notamment des hommes de médias, des notabilités, des communicateurs traditionnels, des acteurs communautaires, entre autres. Par ce procédé, Dr Diarra, dévoile des résultats encourageants.
Des séances de sensibilisation pour relever les défis
Convaincu du témoignage des filles ayant été soumises aux vaccins lors de la phase pilote, Nabou estime avoir soumis sa fille de 10 à la vaccination HPV en cours. Une manière pour elle de se rassurer de cette maladie, même si à la longue, elle est consciente de la nécessité de dépistage qu’elle doit faire objet.
A l’office national de la santé de la reproduction (ONASR), Dr Tembely Fanta Koné, chargée du département adolescents et jeunes est certaine que le changement de mentalité se fait de fil en aiguille, en continuant à sensibiliser, à livrer de bonnes informations. Quand l’information est acquise surtout sur la gratuité découlant des efforts des autorités, il y a plus de chance que les objectifs soient atteints.
Alimatou Djénépo
