En période de pénurie de carburant, la solidarité entre citoyens semble reprendre toute sa place. Dans plusieurs quartiers et axes routiers, il n’est pas rare de voir des automobilistes et des motocyclistes s’entraider pour faire face aux difficultés de ravitaillement. Les plus chanceux, qui parviennent à se procurer quelques litres, n’hésitent pas à tendre la main à ceux dont le réservoir se retrouve à sec. Il arrive même que des motocyclistes se fassent pousser par d’autres usagers, simplement avec le pied, pour leur éviter de pousser leur engin sur plusieurs kilomètres sous le soleil.
Cette entraide spontanée témoigne d’un esprit de communauté profondément ancré. Depuis toujours, les populations savent s’unir dans l’épreuve. Et face à cette crise énergétique, la solidarité se révèle plus que nécessaire.
Cependant, cette situation met également en lumière des comportements opportunistes. Certains individus n’hésitent pas à abuser de la générosité des autres. On constate par exemple que des jeunes simulent une panne sèche pour se faire pousser ou bénéficier de quelques litres d’essence, alors qu’ils disposent en réalité de réserves. Un stratagème qui, malheureusement, finit par décourager ceux qui souhaitent vraiment aider.
Autre dérive observée : l’utilisation abusive des véhicules prioritaires ou exemptés de file d’attente. Des personnes profitent du fait que certains véhicules, tels que les corbillards ou services spéciaux, n’ont pas à patienter dans les longues files pour se ravitailler. Résultat : certaines voitures sont utilisées plusieurs fois dans la journée pour remplir des bidons destinés à la vente ou à la constitution de réserves personnelles.
Ainsi, si la pénurie d’essence révèle de beaux gestes de fraternité, elle met également en lumière les excès et les dérives de quelques-uns. Une réalité qui interroge : jusqu’où la solidarité peut-elle tenir face à l’égoïsme ?
Pour que l’entraide garde son sens, chacun doit faire preuve de responsabilité et d’honnêteté. C’est à cette condition seulement que la société pourra traverser la crise sans se fissurer.
Aminata Sanogo
