La crise de carburant qui sévit depuis plusieurs semaines au Mali, affecte durement de nombreux secteurs d’activités. Des industries aux transports, en passant par les artisans, personne n’est épargné. Parmi les victimes silencieuses de cette pénurie, les jardiniers de la zone recasée de Niamakoro, dont les activités reposent sur l’utilisation quotidienne de groupes électrogènes pour l’arrosage.
Dans cette zone réputée pour sa production maraîchère, les jardiniers font face à de grandes difficultés. Sans essence ni gasoil pour faire fonctionner les motopompes et groupes électrogènes, l’irrigation des planches devient impossible, mettant en péril des mois de travail.
« Nous avons tout perdu »
Sanata Traoré, jardinière dans la zone aéroportuaire de Niamakoro, témoigne avec regret : « La situation nous a beaucoup impactés. Moi, je gérais plus de 50 planches de salades grâce à mon groupe électrogène qui me permettait de puiser de l’eau du puits pour l’arrosage. Mais depuis que le carburant manque, j’ai perdu presque toutes mes planches. Je n’arrive plus à arroser régulièrement. J’espère vraiment que la situation va s’améliorer, car nos jardins sont notre source de vie et de revenus pour aider nos familles. »
Même son de cloche chez Sékou Doumbia, lui aussi jardinier dans la même zone : « Ces dernières semaines, nos jardins sont dans un état lamentable. Sans essence, les groupes électrogènes sont à l’arrêt, donc impossible d’arroser correctement. J’ai passé trois jours devant une station-service pour obtenir quelques litres de carburant. Pendant ce temps, personne ne pouvait arroser et les escargots, les criquets ainsi que la chaleur, ont détruit mes planches de salades. Nous sommes vraiment désespérés. »
Une activité familiale menacée
Pour beaucoup, le jardinage est une affaire de famille. Sali Konaré, fille d’une jardinière, confie : « Nous travaillons tous en famille dans le jardin : ma mère, mes frères et moi. C’est grâce à cela que nous mangeons et que nous allons à l’école. Aujourd’hui, sans carburant, nous n’avons plus de revenus. Nous avons même commencé à vendre nos outils pour survivre. Si l’État ne nous aide pas, beaucoup de familles risquent d’abandonner le jardinage. »
Des pertes financières importantes
Le phénomène ne touche pas que les familles. Il fragilise aussi les circuits commerciaux locaux.
Assitan Sy, vendeuse de légumes au marché de Niamakoro, confirme : « Avant, je venais ici chaque matin pour acheter mes légumes directement aux jardiniers. Maintenant, la marchandise se fait rare et chère. Moi-même, je perds mes clients parce que les prix ont augmenté. Si les jardins s’écroulent, c’est tout le marché qui souffre. »
Bourama Kanté, également jardinier, exprime son inquiétude pour l’avenir : « même si demain le carburant revient, nous avons déjà perdu beaucoup. Certaines planches sont irrécupérables. Recommencer demande du temps, des semences et de l’argent que nous n’avons plus. Nous sommes vraiment au bord du découragement. »
Un appel à l’aide
Les jardiniers de Niamakoro demandent un soutien urgent des autorités afin de leur permettre de continuer leurs activités. Ils sollicitent notamment l’approvisionnement en carburants, mais aussi des solutions alternatives d’irrigation, comme des pompes solaires, moins coûteuses et plus durables.
Car, au-delà d’être une source de revenus pour de nombreuses familles, le maraîchage local contribue à l’approvisionnement des marchés de Bamako en légumes frais. Si ces jardins disparaissent, c’est toute la chaîne alimentaire qui pourrait en pâtir.
Aminata Sanogo
