Le 7 août 2025, le projet de loi portant Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale a été adopté à l’unanimité par le Conseil National de Transition (CNT), réuni en session extraordinaire à Bamako. L’élaboration de cette Charte résulte d’une initiative du Président de la Transition, annoncée dans son adresse à la nation en décembre 2023. La Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale comporte 16 titres et 106 articles, couvrant les dimensions essentielles du développement économique, social, culturel et institutionnel du pays. Selon le Président de la Transition, il ne s’agit pas simplement d’un texte symbolique, mais d’une véritable feuille de route pour la refondation d’un Mali fort, uni et stable.
Pour concrétiser cette vision, le leadership féminin est un pilier essentiel pour mobiliser, engager les femmes qui constituent 49,7% de la population malienne (RGPH5-2022) et améliorer l’accès à leurs droits fondamentaux. Selon de nombreux experts que nous avons interrogés, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale peut-être un levier promoteur pour les femmes et pour l’amélioration significative de leurs conditions si elles sont valablement représentées dans les processus décisionnels et dans les structures de mise en œuvre de la Charte.
Dr Jermie COULIBALY, Enseignant-chercheur à l’Université « Kurukanfuga » de Bamako et Conseiller Technique au Ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, souligne que la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale s’inscrit en droite ligne avec la Résolution 1325 des Nations Unies portant sur Femmes, paix et sécurité. « La Charte nationale, au même titre que la Résolution 1325 vise à renforcer la participation des femmes aux processus de paix et de réconciliation et à lutter contre la violence sexuelle et celle basée sur le genre dans les zones de conflit », a-t-il indiqué.
Selon Mamadou Malick SOW, Economiste et spécialiste Technique en Genre et Inclusion sociale, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation peut être considérée comme un levier prometteur en référence à son contenu, à sa transversalité multisectorielle.
La Charte nationale comme mécanisme de respect des droits humains
La promotion des droits humains est l’une des nécessités de l’Article 21, consacré aux conditions pour une paix durable du Titre VI dédié à la Paix et à la Sécurité dans le document de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale.
Selon Mamadou Malick SOW, Économiste et spécialiste Technique en Genre et inclusion sociale, la Charte doit-être comprise comme un instrument juridico-politique et économique, axé sur « le respect des droits humains ». Plus loin, il clarifie, « la charte est la référence aux opportunités économiques, aux valeurs sociétales, gages de la paix et de la cohésion sociale pour asseoir une stabilité politico-économique et sociale. Celle-ci pourrait contribuer à créer les conditions endogènes d’attractivité économique, facteur de création de richesse et d’emplois et par ricochet, d’entrave aux déviances pour le terrorisme, de frein au chaos social, entre autres ».
Des solutions pour une meilleure exploitation
Pour que la Charte puisse être mieux exploitée à travers le leadership des femmes au niveau local et national, il est important de considérer que le leadership féminin est transversal à la réalisation des différentes composantes de la charte nationale.
Mamadou Malick SOW, Économiste et spécialiste Technique en Genre et inclusion sociale, propose que le leadership féminin soit pris en compte dans l’implémentation des différents programmes des chapitres ou composantes de la Charte. A titre illustratif, il indique que « l’application de la charte requiert nécessairement la mise en place des mécanismes de gouvernance et d’implémentation axée sur le genre, l’évaluation de performance axée sur le genre, la production de Rapport genre de la Charte ».
Dr Jermie COULIBALY, Enseignant-chercheur à l’Université « Kurukanfuga » de Bamako et Conseiller Technique au Ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, accentue ses solutions sur l’implication des Organisations de la Société Civile, notamment celles des femmes comme parmi les principales actrices de mise en œuvre de la Charte nationale. Leur participation peut d’abord passer par l’appropriation des dispositions de la Charte nationale et la dissémination auprès des autres citoyennes et citoyens. Ensuite, par le partage des connaissances et d’expériences avec des organisations féminines engagées dans des programmes pour les femmes, la paix et la sécurité qui concordent parfaitement avec les dispositions de la Charte nationale.
Pour Dr. Jermie, les femmes leaders ont un potentiel énorme de favoriser la cohésion sociale dans leurs communautés. Se fondant sur la Charte nationale, elles peuvent par exemple, procéder à la promotion de leur autonomisation économique et leur inclusion dans les efforts de reconstruction post-conflit, à la sensibilisation des femmes et des filles contre les violations et abus des droits de la personne humaine, pendant et après les conflits ainsi qu’en temps de paix.
Adja
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.
