De l’initiative de l’alliance des professionnelles de la presse écrite (APPEM) avec le soutien financier des journalistes pour les droits humains (JDH) à travers son projet NED, la salle de conférence du conseil du cercle de Kati a servi de cadre à la tenue d’un forum communautaire sur la lutte contre la désinformation et les discours de haine. Une occasion mise à profit par des femmes leaders, des jeunes et des notables de Kati de mieux s’outiller sur les différentes notions dont les effets frappent en plein fouet cette ville de garnison. Il était également question des informations utiles à leur protection contre la loi sur la cybercriminalité. C’était le samedi 30 Août dernier.

Dans la salle de conférence de l’ancien conseil de cercle de Kati, sur une banderole, on pouvait lire : « Viralité de la désinformation et des discours de haine sur les réseaux sociaux et groupes communautaires ». Des mots qui avaient tout leur sens aux yeux de cette communauté dont les notables n’ont pas été laissés en marge de la rencontre.
A l’entame de la cérémonie d’ouverture, le représentant du maire de Kati, M. Modibo Koné a étalé son enthousiasme quant aux sujets évoqués par le forum. Pour lui, ils ont leur sens pour sa population à qui, il est arrivé des exemples de désinformation partagée sur des réseaux sociaux et ayant produit des effets néfastes, notamment pour leurs auteurs.
Abordant dans le même, le coordinateur des chefs de quartiers de Kati, Tiécoura Koné voit en ce forum, une manière de se mettre à l’abri de la désinformation, des discours de haine mais, aussi une protection des citoyens contre la loi sur la cybercriminalité.
Pour sa part, faisant la promesse, la présidente des femmes leaders de Kati, Djénébou Sangaré s’est dite convaincue que tous les enseignements issus du forum seront partagés au sein des groupements de la localité et environs, tout en souhaitant la tenue d’une conférence de presse sur les mêmes thèmes afin d’impacter plus.
A ces mots, la secrétaire générale de l’APPEM, Madame Bintou Danioko a rappelé les objectifs de l’alliance des professionnelles de la presse écrite du Mali. Avant de souligner que cette activité rentre dans ce cadre.
A ces séries d’interventions de la cérémonie d’ouverture, l’assistance a été entretenue par Dado Camara, Directrice de publication du journal et du site d’information « L’Annonceur » sur le thème de la rencontre : « la lutte contre la désinformation et les discours de haine ». En bambara, elle écoute les appréhensions de l’assistance sur les deux notions avant d’en venir aux sanctions prévues par la loi au Mali. De l’essentiel, l’on retient que l’information permet de comprendre l’environnement, d’aider à la décision, de coordonner l’action, de communiquer à l’interne et à l’externe. Seulement, il faut comprendre la fausse information, exige-t-elle en énumérant les différentes formes. Il s’agit d’informations ou nouvelles créées et diffusées par erreur par quelqu’un qui ne se rend pas compte que ces nouvelles sont fausses ; des informations ou nouvelles créées et diffusées délibérément par quelqu’un qui sait qu’elles sont fausses. Pour la présentatrice, il est toujours mieux de s’informer sur toute information avant le partage sur les réseaux sociaux. Toute chose qui pourra éviter d’avoir des démêlés avec les autorités en charge de la loi contre la cybercriminalité. Idem pour le cas du partage ou de la tenue des discours de haine sur les réseaux sociaux. Par discours de haine, Dado Camara dira que c’est le fait d’inciter les autres à discriminer ou agir contre des individus ou groupes en raison de leur appartenance ethnique, religieuse, raciale, sexuelle ou nationale. Et de prévenir contre la combinaison de fausses informations amplifiées par les réseaux sociaux et assaisonnées par des discours de haine qui peuvent être mortels. Aussi, évoqué-t-elle, les sanctions prévues par la loi contre la cybercriminalité, une loi destinée à réprimander des actes attentatoires (atteinte à l’intégrité d’une personne, d’un groupe d’individus, voire la prolifération des injures, entre autres, sur les réseaux sociaux). Des sanctions, qui pour des faits avérés, vont d’un an d’emprisonnement à 5 ans et le paiement d’une amende d’1 million à 10 millions.
A cet exposé, l’un des facilitateurs, M. Aliou Diallo a expliqué comment détecter les fausses informations. Selon lui, il faut se méfier d’aimer, partager ou commenter toute information sans source citée. Celles qui sont de nature à créer en nous, tout de suite, de l’émotion ou de peur dès la première vision. Il faut se poser des questions sur la personne. C’est qui ? Quel est son intérêt ? L’info livrée est de son ressort ? Par ces mécanismes, on aura fait un grand pas, dira-t-il.
A ces explications suivies avec intérêt, dans un système d’interaction, les uns et autres ont pu repartir avec des idées claires.
En marge du forum, ils ont confié :
Moribo Doumbia,1er vice-président de la fédération locale des personnes handicapées de Kati (FLA): « Je suis ravi d’avoir pris part à ce forum. C’était une occasion d’approfondir mes connaissances sur le fond de la loi sur la cybercriminalité, l’impact des discours de haine et des fausses informations en tout genre. Aussi, j’ai apprécié que l’initiative de la séance vienne des journalistes engagés pour les droits humains. Cela prouve qu’en plus de s’informer, d’informer, ils peuvent aussi former leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs sur des questions d’intérêt public ».
Mme Traoré Madina Guindo, femme leader, présidente de l’association femme solidaire: « Nous avons eu des enseignements sur l’usage saine des réseaux sociaux. Moi, personnellement, je ne voyais les réseaux sociaux que comme une affaire de tous, notamment ceux qui ont d’autres occupations. Or, il faut savoir d’une manière ou d’une autre, qu’on peut se retrouver dans une situation inconfortable du fait de ses enfants, la famille, voire du voisinage immédiat. J’ai compris comment m’adapter et je partagerai mes connaissances avec mon groupe ».
Amady Barry, vice-président de l’association des conducteurs de moto-taxi de Kati : « Je conseille à l’issue de cette formation, de faire attention aux contenus des réseaux sociaux. D’éviter les partages sans vérification préalable, d’aller à la source ou au mieux, de revenir sur nos fondamentaux en essayant de se défaire de ces outils parfois aux conséquences désastreuses dans nos familles. »
Tiécoura Koné, coordinateur des chefs de quartiers de Kati a livré des exemples sur des cas de désinformations ayant semé la terreur au sein de la population à Kati, cette ville de porteurs d’uniformes.
Moro Siaka Diallo, coordinateur de JDH, une organisation de défense et de protection des droits humains dans le secteur de l’information et des médias s’est dit satisfait de la rencontre, vu qu’elle a réuni des femmes leaders, des jeunes, des notables et des membres de la collectivité territoriale autour des thématiques et des sujets qui sont en lien avec la promotion des droits humains. Et de poursuivre : « Nous sommes un pays de crise, en période transitoire et de réformes. Donc, les organisations communautaires de base ont un rôle à jouer dans le processus de mise en œuvre des réformes qui ont été adoptées. Cette activité est une manière de mieux les armer à lutter contre la désinformation et les discours de haine et contribuer à renforcer les droits humains ».
Alimatou Djénépo
